Parler des outils que l’on utilise

Un ami m’a signalé l’article Nobody gives a shit (Tout le monde s’en fout) de Joan Westenberg. L’idée, c’est que personne n’en a rien à battre des outils que nous utilisons.

Je ne sais pas s’il me l’a transmis parce que je cite souvent cette blogueuse ou parce que je parle trop d’outils. Qu’importe, j’essaie d’en tirer quelques pistes.

On s’en fout des outils

Sur le fond, Westenberg a raison. On n’en a rien à faire des outils utilisés pour produire quelque chose, c’est le produit final qui compte.

Quand vous vous trouvez sur ce site, qu’importe de savoir qu’il a été écrit dans VS Code, que ses sources sont sur GitHub, qu’il est compilé par Hugo ou qu’il est hébergé chez Infomaniak. Vous souhaitez qu’il s’affiche correctement sur votre ordinateur, votre tablette ou votre téléphone. Vous souhaitez qu’il fonctionne en tout temps et n’importe où. Vous souhaitez qu’il soit rapide et lisible.

Ce qui compte le plus, c’est son contenu. Peut-être que si vous vous trouvez sur theologique.ch, c’est parce que Nicolas Friedli écrit de temps en temps des billets intéressants.

En général, on se satisfait de ce qui est en ligne (et on y revient). Parfois, on s’accommode de lacunes techniques (parce que le contenu nous nourrit). De temps en temps, on renonce à un site parce qu’il est trop mauvais. Donc, oui, on s’en fout des outils si on a trouvé ce que l’on cherche.

Toutefois, je trouve que parler, un peu, des outils utilisés n’est pas un choix anodin.

Dire avec quoi on travaille ouvre des possibles

Sur ce site, je m’adresse à une audience théologique, spirituelle, ecclésiale, etc. Je pense que ce contexte justifie de parler des outils qui permettent de produire des sites.

Des pasteur·e·s mettent leurs prédications en ligne sur leur blog personnel. Quand on sait que ce blog est motorisé par WordPress, un message est transmis aux collègues:

Si tu veux créer un site similaire au mien, sache que tu peux le faire avec WordPress. C’est un outil standard, simple d’utilisation, avec lequel tu peux mettre aisément en ligne ta prédication rédigée avec Word.

C’est dire à celles et ceux qui ne mettent pas de contenus théologiques en ligne que l’aspect technique n’est pas une excuse. Le message n’est pas innocent; pas besoin de compétences extraordinaires ou d’un financement particulier. C’est une question de choix et de volonté, pas un problème d’outils.

Parler de ses outils permet un partage d’expérience

Mentionner son outil de publication, c’est aussi inviter à des partages d’expérience:

Tu es ma ou mon collègue. Tu veux te lancer. Sache que je peux te montrer quelques trucs et astuces pour la gestion de ton site.

Tout le monde fait des erreurs et des mauvais choix par moment. Proposer, même implicitement, un partage d’expérience, permet d’en éviter.

Il n’est pas nécessaire d’attendre un gros projet institutionnel pour se lancer. D’autres ont su le faire avec les moyens du bord. Autant les contacter pour avancer.

Connaître les compétences permet d’envisager des nouvelles pistes

Je suis très intéressé à savoir quels outils sont utilisés, parce qu’ils permettent parfois des nouvelles pistes.

Le Réseau protestant est en pause. Sur GitHub, j’ai récupéré sa liste de sites pour la tenir à jour. Pour moi, il est important de savoir si des théologiennes et théologiens utilisent git. Est-ce un moyen viable de proposer quelque chose? ou non?

J’imagine que plein de pasteur·e·s stockent leurs prédications sur GitHub en format Markdown. Ce serait une folie de ne pas le faire. Comme Markdown a gagné la course, le champ des possibles est illimité. Avec une liste de dépôts GitHub, je pourrais mettre en ligne des dizaines de prédications chaque dimanche soir, sur un site dédié, en quelques minutes. J’y pense souvent.

Utiliser des outils éthiques peut éviter des écueils

Dans son article, Joan Westenberg nous parle d’outils éthiques (ou non). Là encore, on s’en balance (ou pas).

Sa position ne me paraît que partielle tenable. Qu’importe que les prédications dont je parlais ci-dessus soient écrites dans des logiciels privateurs (comme Word et Pages). Si elles sont en ligne sur son propre site en HTML (web ouvert), c’est peu intéressant de regarder les coulisses.

Mais elle démontre par sa propre pratique que tout n’est pas si simple. C’est sur X/Twitter (web fermé) que l’article à l’origine de ce billet a été publié (et pas sur son blog). Le problème, c’est qu’il n’est pas accessible si tu ne disposes pas de compte X/Twitter.

Donc, pour lire Nobody gives a shit, tu dois créer un compte et accepter les conditions générales de ce site merdifié. Je ne veux conseiller à personne de rejoindre ce feu de poubelle en ligne. Dans ce cas précis, le choix de l’outil m’importe vraiment.

On pourrait aussi parler d’Instagram, qui n’est pas vraiment accessible sans compte (à moins de passer par Imginn). Alors que Facebook, de la même boîte des Big Tech, reste visible sans inscription.

Envoi

Je me fous pas mal de l’outil que tu utiliseras pour ton propre site personnel ou ton blog. Tu n’as pas besoin de m’en dire quoi que ce soit. Il n’est pas nécessaire de produire du métadiscours si tu as plein de bons contenus théologiques à partager au monde.

Si tu proposes un site en HTML et CSS je te lirai. Si c’est un blog, j’essaierai de te suivre par flux RSS ou Atom.

Et si tu veux discuter technique, je suis disponible.


En passant, je ne comprends toujours pas pourquoi l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS) a bloqué son flux RSS ou Atom. Avec WordPress, le flux sont actifs par défaut. C’est donc un choix de les désactiver. Dans quel but? Et au service de qui?