Le syndrome de la peur de rater quelque chose (FOMO)

Le syndrome FOMO (fear of missing out), c’est la peur de rater quelque chose. La page Wikipédia sur le sujet le nomme aussi l’«anxiété de ratage». Il se manifeste par une peur d’être laissé·e de côté et d’être empêché·e dans ses relations sociales.

FOMO et réseaux sociaux

C’est souvent quand la discussion tourne autour des réseaux sociaux que le synodrome FOMO apparaît en filigrane:

J’ai encore un compte Facebook, mais je ne m’y connecte presque jamais. Je peux savoir ce que deviennent mes amis, l’autre jour, j’ai appris que…

Mais ils ne sont plus des réseaux sociaux, comme je l’écrivais dans À propos des réseaux prétendument sociaux. Pire, ils fixent des règles du jeux qu’ils ne respectent pas.

L’ironie de l’histoire, c’est que Facebook, Instagram, X/Twitter et les autres font tout pour ne pas donner toutes les informations de manière honnête. Ils m’imposent des contenus que je ne voulais pas voir; ils m’empêchent de lire tout ce que je souhaitais voir. Une des exceptions, c’est Mastodon, qui est honnête par conception.

Il n’est pas tenable de rester sur ces «outils» par peur de ne rien rater alors qu’ils me font volontairement manquer des publications. Il n’est pas plus tenable d’y garder un compte par paresse de fermer le mien. Continuer de jouer avec des tricheurs, en connaissance de cause, ne me paraît pas défendable.

Rester sur ces outils n’est pas neutre

Quand on demande aux personne pourquoi elles ne quittent pas des réseaux qui ne leur apportent presque plus rien, une autre explication est parfois convoquée:

Je me suis dit que j’allais fermer mon compte, mais ce n’est pas si simple.

Je suis prêt à admettre que ces réseaux ne m’apportent plus rien de bon, mais j’y reste. C’est un parcours plein de méandres de fermer un compte sur ces outils. Mais il faut rappeler que c’est toujours possible.

Jouer le jeu de l’économie de l’attention me paraît mauvais pour soi. Et mauvais pour les autres parce que j’entretiens l’idée qu’une présence y est utile. Il faut y être parce que j’y suis. Le conformisme vaut mieux que l’éthique.

L’autre jour, après mon billet Réseau social Mastodon protestant, on m’a demandé si cela en «valait la peine», s’il y a «du monde». Étonnant, non? Je ne veux pas y aller parce qu’il n’y a pas assez de monde, mais je reste comptabilisé dans «le monde» d’un réseau en phase avancée de merdification, que je n’utilise plus. Au risque de gonfler ses statistiques et de donner de la valeur à un «outil» qui ne m’en donne plus du tout.

Possibilité de tout suivre et tout savoir

Sur le web, il est possible de tout connaître et de ne rien rater. Il est possible:

  • de se rendre régulièrement sur un site
  • de s’abonner à sa lettre de nouvelles (newsletter)
  • de suivre ses flux RSS ou Atom

Ces 3 manières de faire ont un point commun: elles se passent d’intermédiaires. Le protestantisme, dès la Réforme, a été très attentif combattre les intermédiaires. Le relation à Dieu est directe, sans la médiation du clergé ou des saintes et saints.

Le contraste est flagrant avec la pratique actuelle du web qui laisse des instances pas toujours très honnêtes s’intercaler entre les internautes et l’information. Les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les intelligences artificielles (IA), etc. filtrent et hiérarchisent «pour moi» – quand ce n’est pas «pour mon bien» –, sans me dire pourquoi ni comment.

Bien entendu, cette possibilité de «tout savoir» reste limitée. Tout savoir, oui, mais dans un contexte choisi et voulu, dans un domaine précis, dans un secteur spécifique, etc. Parce que sinon…

Question de l’omniscience

Je ne peux m’empêcher de rapprocher la question du FOMO et celle de l’omniscience. Tout savoir, sur tout, est un attribut classique de Dieu.

Qui serais-je pour avoir besoin de tout savoir? Manquer plein de choses, n’est-ce pas le propre de l’être humain? Croire que je peux ne rien manquer n’est-il pas me croire capable de me passer de Dieu? Considérer que je peux me passer de Dieu n’est-il pas une définition du péché?

La situation est délicieuse. Sur les réseaux dits sociaux, l’instance qui sait presque tout sur presque toutes et tous, c’est l’entreprise qui s’enrichit sur notre dos. Jamais les internautes qui la nourrissent, la promeuvent et la valorisent, mais qui sont les dindes ou les dindons de la farce. L’omniscience sans Dieu est peut-être là.