Carême 2025

Avec le Carême reviennent les ritournelles sur la privation. Faut-il se priver de café, de chocolat ou de viande? Faut-il jeûner durant une semaine?

Ce billet propose quelques pistes de réflexion en vrac sur le désir, de nécessaire, le superflu, le web et la transition écologique.

Le désir

Jérôme Grandet vient de publier le billet Carême tel que je le vis: une traversée personnelle du désir, du corps et du temps. Sa distinction entre désir, envie et besoin est intéressante:

C’est là que la distinction entre envie et besoin devient opérante. Le Carême ne me permet pas de tracer une frontière nette et définitive entre les deux, mais il m’aide à observer comment elles se mêlent, se confondent, se déplacent. Certaines envies apparaissent comme des réponses rapides à un inconfort passager. D’autres révèlent des besoins plus profonds: repos, reconnaissance, relation, sens, présence. Le désir, dans ce contexte, cesse d’être une simple impulsion à satisfaire. Il devient un indicateur précieux de ce qui cherche à être nourri autrement.

Pour l’anecdote, Jérôme Grandet s’exprime le jour de la publication de ce billet dans le podcast Explore de l’EERS (Église évangélique réformée de Suisse) sur le sujet Ni pasteur, ni diacre. Il n’est pas ministre, mais il s’exprime (bien) sur son blog.

Réfléchir avec Marie Kondo

Il y a quelques années, la presse généraliste a beaucoup parlé de Marie Kondo. Pas une journée sans un «article» de quelques lignes sur ses méthodes de rangement. On pouvait en sourire avec condescendance, mais il valait la peine de la lire sérieusement.

Sa méthode n’était pas dénuée de sens. Plutôt que de supprimer quelques objets superflus de ses armoires, elle conseillait de les vider entièrement. Puis de tout disposer au sol au centre d’une même pièce.

Avant de réfléchir à quoi supprimer, il faut se rendre compte ce que l’on possède. Beaucoup? Trop? Puis, choisir ce qui sera conservé et le ranger.

La perspective change radicalement. Choisir ce que l’on garde est bien différent de se demander ce que l’on élimine. Valoriser ce que l’on choisit est différent de regretter ce que l’on abandonne.

Désormais, Marie Kondo, la Beyoncé du rangement a retourné sa veste: Marie Kondo lâche prise: pourquoi la reine du rangement dit stop à la méthode KonMari (et vous devriez faire pareil en 2026). Nous pouvons l’oublier jusqu’à sa prochaine émission Netflix.

Dans le monde du web

Une partie du billet Quel avenir pour l’esthétique web éco-conçue? dans le calendrier de l’Avent 24 jours de web pose une question similaire. En opposant interface minimaliste et interface «techno-solutionniste», Esther Jacquet nous dit:

D’un côté, on part du néant — l’absence de site, l’impact zéro — et l’on n’y ajoute que ce que l’on juge strictement nécessaire. De l’autre côté, on part d’un site «classique» et l’on cherche à supprimer ou à remplacer des éléments et technologies, pour réduire l’impact.

La satisfaction de la construction contraste avec les regrets de l’abandon.

Avec theologique.ch, la sobriété est de mise. C’est un choix, pas une souffrance. La simplicité est belle. Et c’est Carême toute l’année.

Ce dont nous avons (vraiment) besoin

Ce dont nous avons (vraiment) besoin par Razmig Keucheyan dans Le Monde diplomatique de février 2017 est passionnant. Son chapeau, disponible sans abonnement, lance la thématique:

Le génie du capitalisme d’après-guerre aura consisté à réorienter la volonté de changement vers l’insatiable désir de consommer. Ce modèle trouve à présent sa limite dans l’épuisement des ressources naturelles. Pour imaginer un mode de vie à la fois satisfaisant et durable, récuser l’empire de la marchandise ne suffit pas. Il faut d’abord réfléchir à ce qui nous est indispensable.

L’article est trop dense pour être résumé. Il peut être acheté en ligne. Pour terminer ce modeste billet, voici une citation (avec des citations):

Selon André Gorz, la société capitaliste a pour devise: «Ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as “mieux” que les autres.» On peut lui opposer une devise écologiste: «Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne.» Aux yeux de Gorz, un besoin qualitatif a ceci de particulier qu’il ne donne pas prise à la «distinction».

Puissent ses quelques lignes nourrir copieusement votre Carême.


Le dernier extrait est peut-être une illustration de S’extraire de la théologie (pour faire de la théologie).