Paradoxes & lâcher-prise
Au moment d’écrire ce billet, je ne sais ni si j’ai envie de continuer dans le domaine du web, ni si je souhaite m’impliquer encore dans le monde des Églises protestantes.
Peut-être que je pourrais devenir potier, secrétaire, chômeur ou homme au foyer. Ou plein d’autres choses que je ne soupçonne pas ou que je ne me donne pas la possiblité d’imaginer.
Voici où j’en suis.
À propos du web
Le web va plutôt mal. Les faux sites générés par des IA (intelligences artificielles) nous abreuvent de contenu vides de sens. Jean-Marc Manach en parle dans Le tsunami d’infos générées par IA.
Les sites sont techniquement à la dérive. Générés par des IA, ils sont codés avec les pieds, donc lents et bourrés d’erreurs d’accessibilité (A11Y).
Je me demande pourquoi se donner de la peine et prendre du temps pour faire bien. Alors que la merde semble trouver son monde. Ça me fatigue du web. J’ai envie de tout plaquer.
Le paradoxe, c’est que theologique.ch est techniquement bien supérieur à la moyenne. Y compris des sites prétendument respectables, sérieux ou «beaux». Testez-le avec les liens proposés en bas de ma page Colophon. C’est pénible de travailler dans un domaine qui propose d’aussi mauvais produits.
Les internautes qui suivent theologique.ch ont vu dans le flux RSS qu’il y avait eu pas mal d’hésitations ces derniers temps. Je vais vous faire une confidence.
J’ai abandonné Pure Blog, pourtant excellent, parce qu’il y avait un bug dans la gestion des espaces insécables. Une espace insécable, c’est ce qui empêche une coupure inadéquate entre 2 mots. Il y en a une entre «2» et «mots» de la phrase précédente.
Cela paraît anecdotique; c’est fondamental. Parce que je ne supporte pas, notamment dans des médias, de voir un deux-points commencer une ligne, un «M.» ou un «Mme» tout seul en fin de ligne. En soi, ça ne semble pas bien grave. Mais ça me chiffonne. Et je ne m’accorde pas ce genre d’approximations.
Le paradoxe, c’est que le web a été conçu dès ses débuts pour accepter l’imperfection. Ses langages de base, HTML et CSS, tolèrent l’erreur. Quand ils tombent sur du code fautif, ils font de leur mieux pour afficher le site malgré tout.
Si les langages du web n’avaient pas été aussi tolérants, le web compterait peu de sites. Les petites entreprises et organisations, les particuliers, n’auraient peut-être pas de présences en ligne.
J’en suis là. À essayer d’accepter qu’il est possible d’obtenir un score vert inférieur à 100% dans PageSpeed Insights. C’est difficile. J’y travaille.
À propos du protestantisme
Beaucoup de pasteur·e·s ne publient pas leur prédications en ligne. J’ai longtemps considéré que c’était par paresse ou par dépit. Je me suis probablement trompé. Le refus de publier sa prédication en ligne, c’est la peur d’être lu·e ou commenté·e par ses collègues.
Le web protestant réformé romand, c’est quelques personnes qui se mouillent. Et une armée de planqué·e·s!
Depuis longtemps, je n’essaie même plus de proposer de la vraie théologie sur theolgique.ch. Je ne sais pas ce qu’est la «vraie théologie». Mais je sais que c’est quelque chose de meilleur que ce que je suis capable de produire.
Je lis les blogs d’Elio Jaillet ou Jérôme Grandet. Je suis d’autres blogs incontournable Mon problème, c’est que je sais lire. C’est pourquoi j’ai encore moins envie de publier. Fausse modestie? Péché d’orgueil?
Le paradoxe, c’est que ces personnes me disent qu’elles apprécient ma présence sur le web. Que ça leur parle, que ça les fait réfléchir. Parfois que je dis tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
Il n’y a rien de nouveau à dire l’insuffisance théologique en ligne du protestantisme réformé. Mais là aussi, ça m’interroge. Je ne sais pas comment faire évoluer les lignes dans un monde qui a fait de la préservation son idéal. Des institutions et des personnes qui vouent un culte au statu quo (décrit par Thomas Parisot, je souligne):
[…] j’ai réalisé que le statu quo n’était pas une forme passive. Ce n’est pas «quelque chose qui ne bouge pas», «quelque chose qui ne change pas»… mais un «ensemble d’efforts pour que quelque chose soit maintenu tel quel».
Le statu quo est alors un choix constamment renouvelé — un mouvement permanent — pour maintenir une chose dans son état actuel.
Je ne demande pas aux thuriféraires du c’était mieux avant de changer. Je leur demande d’accepter que les autres avancent.
C’est usant. J’en suis usé.
Lâcher-prise
Le paradoxe de toute cette histoire, c’est que je publie sur le web, avec quelques considérations théologiques.
En écrivant 100 publications en 365 jours, je me suis donné une énième dernière chance.
#100DaysToOffload est au fond un formidable exercice de lâcher-prise.
Mettre en ligne des brouillons, des bafouilles, des réflexions en cours, des billets imparfaits, de la théologie du Café du Commerce. etc. c’est libératoire.
Peu probable que ce défi change mes visions d’avenir par rapport au web et par rapport au monde ecclésial protestant réformé. Mais j’y prends un réel plaisir. Dans le monde contemporain, c’est déjà pas mal.