Lire des histoires ou des bouquins de développement personnel
J’ai beaucoup apprécié la réflexion de Joan Westenberg dans Why Stories Make You Smarter Than Self-Help Books. Le sous-titre, qui pourrait être la thèse de son billet de blog, dit en substance: les personnes les plus intelligentes que vous connaissez lisent encore des romans.
Critique des livres de développement personnel
Je rejoins partiellement la critique qui est faite des ouvrages de développement personnel ou, plus généralement, des livres «qui ne racontent pas des histoires» (non-fiction). C’est vrai que souvent, ils pourraient être 2 ou 3 fois plus courts sans en dire moins. Il y a une dilution du propos dans l’anecdotique. Au fond, ces bouquins pourraient se résumer en un bon billet de blog.
Mais je constate aussi que l’on se trouve actuellement dans un monde du slogan et du raccourci. Une phrase sur une image postée sur Instagram tient lieu de pensée profonde et d’argumentaire à la fois.
Lorsque j’ai lu des livres de Simon Sinek (Start with Why) ou Cal Newport (Digital Minimalism ou Slow Productivity), ce n’est pas parce que je le pensais absolument géniaux. Mais simplement parce que j’avais besoin de retourner aux sources pour savoir ce qu’ils disent vraiment. Et ne pas me contenter des mantras sur la thématique.
Ces livres, même dilués, sont bien plus denses que ce qui en est couramment retenu.
Dans notre monde du vide, on atteint probablement le sommet quand la «légende du colibri» est invoquée. Elle suffit à (se) convaincre de sa propre conviction écologique et de son engagement sans faille. Elle a pourtant été portée par le très discutable Pierre Rabhi, ce qui suffit (presque) à la discréditer.
Mais revenons-en à nos moutons!
La force des histoires
Sur la fiction ou les histoires, je rejoins Joan Westenberg:
Fiction (by contrast) smuggles actual complexity into your brain. When Dostoevsky spends fifty pages letting Raskolnikov justify murder to himself, you’re living inside a mind that’s trying to reason its way to atrocity. You understand something about human rationalization that no Gladwell volume could teach you. The knowledge comes embedded in context, emotion, and contradiction.
It can’t be reduced.
L’histoire a besoin de temps pour se déployer. Elle doit nous embarquer, nous emmener sur de fausses pistes, construire et déconstruire ses protagonistes, nous partager un bout de vie.
Je pense avec Joan Westenberg que le narratif n’est pas réductible dans l’explicatif. J’en ai dit quelques lignes dans Là où tu vas sur une bande dessinée (BD) d’Étienne Davodeau
Apprendre et enseigner
La «transmission» dans le domaine religieux est soulignée par Joan Westenberg:
There’s a reason every major religion transmits its deepest truths through parables rather than propositions. The various authors of the Bible could have written “Seven Habits of Highly Effective Disciples” but instead, they told stories about seeds and soil, about lost coins and prodigal sons. The Buddha could have published “Mindfulness for Beginners” but instead there are koans and sutras full of contradictory wisdom.
Pure information transfer fails to change people.
Ce qui me vient immédiatement à l’esprit, c’est la distinction entre apprendre et enseigner. Il y a des choses qui s’enseignent comme des contenus transmis par une instance extérieure. Et il y en a d’autres qui s’apprennent par des expériences ressenties, vécues et intégrées par la personne qui les reçoit.
Diane Friedli, ma femme, dit quelque chose de la transmission de la foi dans Trois réflexions sur la catéchèse. Elle cite une prédication lumineuse de James Woody: La catéchèse, pour un peu plus que la culture et la doctrine.
Un cadre de confiance catéchétique ne se décrète pas, il se construit. Comme le monde déployé par une histoire qui n’est pas remplaçable par des arguments, des conseils et des recettes à suivre. Il y a plein de bonnes raisons de regarder des films, de lire des romans et d’écouter des contes. C’est intemporel. Et peut-être simplement irremplaçable.
J’espère me tromper quand j’ai l’impression que les questions herméneutiques sont moins traitées qu’avant. Mais je n’ai rien contre le savoir théologique, l’exégèse ou l’éthique.