Enjeux de la curation de contenu
Hier, Robin Masur, chef de service du CIDOC (Centre pour l’information et la documentation chrétiennes) a partagé 3 liens commentés de ce blog. On les trouve dans sa lettre de nouvelles Liens repérés durant la semaine du 5 janvier sur des thèmes théologiques et catéchétiques.
Cela m’a fait très plaisir. Je suis abonné depuis longtemps à ses publications et je tiens son travail en haute estime. Mais mon propre ego est beaucoup moins intéressant que ce qui se joue de fondamental dans son travail de veille, de sélection, de commentaire et de diffusion. J’essaie de vous dire pourquoi.
Qu’est-ce que la curation de contenu?
Une fois encore, c’est Wikipédia qui permet de lancer la réflexion, avec son article Curation de contenu dont je partage le premier paragraphe:
La curation de contenu (étymologiquement du latin curare: prendre soin et de l’anglais content curation ou data curation) est une pratique qui consiste à sélectionner, éditer et diffuser les contenus les plus pertinents du Web pour une requête ou un sujet donné. La curation est utilisée et revendiquée par des sites qui souhaitent offrir une plus grande visibilité et une meilleure lisibilité à des contenus (textes, documents, images, vidéos, sons…) qu’ils jugent utiles aux internautes et dont la diffusion peut les aider ou les intéresser.
Concrètement au CIDOC, Robin Masur publie chaque vendredi une sélection commentée de liens issus de sa veille. On les retrouve dans La newsletter des liens à laquelle il est possible de s’abonner gratuitement.
La liste hebdomadaire est publiée sur le site de l’institution, envoyée par mail, partagée sur Facebook et sur X/Twitter. Elle est aussi disponible en format PDF. C’est donc tout un dispositif de diffusion qui est mis en place après la phase de découverte (veille) et de commentaires. On a simplement envie de dire bravo et merci.
Mais on peut peut-être en dire un peu plus.
Pourquoi la curation est essentielle?
Dans un article publié il y a 2 ans jour pour jour, Joan Westenberg allait beaucoup plus loin sur la thématique de la curation. Cette page n’est plus disponible sur son site, mais heureusement toujours en ligne: Curation is the last best hope of intelligent discourse.
Au passage, merci à la Wayback Machine dont j’avais dit quelques mots dans Disparition d’une page ou d’un site web.
Pour revenir à l’article qui avait fait date, je me limite ceci (en vous invitant à le lire intégralement):
Human curation is now more critical than ever. As algorithms churn out vast quantities of information with varying degrees of accuracy and quality, the discerning judgment of human curators is the only defence against the tide of misinformation and mediocrity.
[…]
The role of human curators is not just to select and present content but to imbue the digital landscape with a sense of reliability and authenticity that only human insight can provide. In an age where technology can easily mislead or overwhelm, trusting in human curation becomes not a preference but a necessity for preserving the quality of the information that shapes our understanding of the world.
Les mots sont forts, mais je crois qu’ils sont justes. Ils touchent à quelque chose de beaucoup plus profond que les condamnations faciles des algorithmes ou des intelligences artificielles (IA).
La curation dit quelque chose de notre vision du monde, rien que ça. C’est pourquoi je considère le travail de Robin Masur comme essentiel. Ce qui compte vraiment, c’est que sa publication existe (et non pas qu’il me cite).
Différences avec l’agrégation
Il y a très longtemps (15+ ans), j’avais créé un agrégateur de tous les flux RSS et Atom protestants réformés francophones que je connaissais. C’était motorisé par SPIP, ça fonctionnait plutôt bien. Ce site, alors à l’adresse protestantisme.ch, restait un système automatisé. Je pouvais exclure, au besoin, certains liens.
Aujourd’hui, ce genre de site n’a plus de sens. Toute personne se construit en peu de temps sa propre veille, sur mesure. J’en parle dans Introduction aux flux RSS et Atom.
Donc l’agrégation est au mieux la première étape de la curation. Elle permet la consultation d’un grand nombre de sources. Mais l’agrégation ne hiérarchise pas et ne commente pas.
Différences avec la compilation
Certains sites publient des compilations. C’est le cas de Regards protestants.
Un travail de sélection est fait après la veille et l’agrégation. Toutefois, ce qui est produit reste un flux avec de simples extraits. Ce n’est pas un jugement de valeur, mais une distinction de nature.
Ce type de compilation ne propose pas de réelle hiérarchisation, ni de commentaires.
Et Shaarli?
Durant l’année 2025, j’ai testé pas mal de pistes pour le site theologique.ch; parfois en privé, parfois publiquement.
Une des idées qui a tenu la route longuement, c’était de n’utiliser que Shaarli sur ce nom de domaine. Un outil simple et léger pour partager des liens commentés (voire des notes sans lien).
J’ai constaté que je me perdais rapidement dans le flux créé. J’espérais faire de la curation, je me perdais rapidement dans la compilation. C’est pourquoi j’ai préféré le retour à un bon vieux blog classique. Pas de curation, pas de compilation, juste des billets de blog.
Mais je conseille vivement Shaarli à toute personne qui souhaite partager des liens commentés au quotidien. La compilation n’est pas honteuse, ce n’est simplement pas ce que je souhaitais faire.
Chaque internaute peut trouver un moyen d’expression qui lui convient sur le web. Toi aussi!
Si tu connais le «pourquoi», tu n’auras aucune peine à trouver le «comment».