Démontrer sa bonne foi
Démontrer sa bonne foi en produisant un document n’a rien de nouveau. Le web a modifié la donne; c’est parfois plus simple de le faire et parfois beaucoup plus compliqué. Avec les intelligences artificielles génératives (LLM), ça se complique encore un peu.
Dans l’actualité récente, j’ai vu 3 sujets qui peuvent être mis en lien avec la bonne foi. J’ai conscience que les 2 premiers ont une portée bien plus grande. Mais je préfère un angle limité sur lequel j’ai peut-être quelques compétences. Voici les 3 actus:
- le débat sur l’usage de l’intelligence artificielle (IA) par Thélyson Orélien pour l’écriture de son livre C’était ça ou mourir
- l’authenticité des messages antisémites de Jordan Bardella dans la messagerie de Facebook
- mon lecteur de flux RSS Inoreader qui permet de voir les modifications apportées aux articles après publication
La théologie produit massivement du texte. Je soupçonne que certains enjeux de ces 3 thèmes peuvent l’intéresser. Et s’ils n’intéressent ni «la théologie», ni les théologiennes, ni les théologiens, ils m’intéressent. J’écris ces quelques lignes pour défroisser mes idées.
Gestion de versions
Thierry Crouzet parle d’écriture et d’IA dans sa rubrique Édition. Il teste, il fabrique, il analyse. Et surtout il dévoile les coulisses de ses recherches sur son blog.
Son billet Pour prouver qu’un texte est humain, montrer comment il s’écrit est excellent. Il propose de suivre les versions différentes d’un texte suivi dans un système de gestion de versions.
J’ai lu que l’éditeur de Thélyson Orélien a rompu le contrat après une analyse sur l’«ensemble des versions de travail du roman». Est-ce que ces versions de travail sont des fichiers Word envoyés tous les quelques mois? Ou un Git de suivi complète des révisions?
Les versions successives ne prouvent pas l’absence d’utilisation de grands modèles de langage (LLM). Mais des modifications précises et commentées dans Git démontrent un vrai travail sur le texte. Elles peuvent montrer des efforts et de la bonne foi.
Fiabilité des pages web
Les pages web sont hyper fiables (parfois). Si je prends l’exemple de ce site:
- c’est mon nom de domaine
- le site est servi de manière sécurisée
https - je gère seul les contenus
- il n’y a aucun injection de contenus externes (commentaires, plugins de réseaux sociaux, flux RSS, etc.)
Ce qui est vraiment fiable, c’est que je suis responsable du contenu en ligne. Si je n’assume pas cette responsabilité, ce sera à moi de prouver que mon site a été piraté.
Dans tous les autres cas, le contenu en ligne fait foi. Sur un site public, il est accessible à toutes et à tous, en tout temps.
Je peux affirmer de bonne foi que je dis clairement que je ne suis pas pasteur. C’est explicite sur ma page de contact. C’est en ligne ainsi depuis longtemps. Et vous pouvez le vérifier.
Le problème des pages web, c’est que c’est fiable à l’instant. Mais qui sait ce qui s’y trouvait hier… et ce qui s’y trouvera demain.
Ce qui est clair, c’est qu’un moyen de capturer l’instant est intéressant. Vous pouvez l’utiliser pour m’accabler, je peux l’utiliser pour me défendre.
Faiblesse de la capture d’écran
Le réflexe facile, c’est la capture d’écran. Sur un téléphone, c’est si facile.
Le problème des captures d’écran, c’est qu’elles sont facilement falsifiables:
- produire du faux contenu dans la vraie page web (mais seulement sur mon ordinateur, c’est pourquoi il faut toujours suivre les liens pour vérifier)
- modifier une capture d’écran par retouche d’image
- génération complète d’une fausse capture d’écran
C’est ce qui est intéressant dans l’enquête de Médiapart sur Jordan Bardella. La preuve par la capture d’écran n’aurait pas tenu 5 minutes.
Pour prouver sa bonne foi, Médiapart a expliqué sa démarche. Téléchargement de l’historique des échanges sur un site de Meta devant huissier. Puis recoupements pour démontrer la propriété du compte.
Le journal a donc travaillé avec des données textuelles et des métadonnées. Pas avec des images. Bien vu.
Utilisation de web archive
Beaucoup plus intéressant que la capture d’écran, l’archivage d’une page web à un moment précis. C’est ainsi que je pourrais démontrer que ça fait un moment qu’il y a une mention «je ne suis pas pasteur» sur mon site. Et une personne qui estimerait que je me fais passer pour pasteur pourrait utiliser ce même site public pour (essayer de) le prouver.
Pour produire une fausse capture de page, il faudrait pirater la Wayback Machine. Peu probable. Comme il est peu probable de pirater les serveurs de Meta pour y injecter de faux messages de Jordan Bardella.
L’Internet Archive est un des sites les plus importants du web. Il faut l’utiliser en capturant les contenus problématiques. Mais aussi en capturant vos propres contenus régulièrement. Vous pouvez l’utiliser, sans compte, dès aujourd’hui!
Je conseille à celles et ceux qui publient des prédications et autres contenus théologiques en ligne d’en faire une capture immédiate. Quand ces contenus seront utilisés pour faire d’autres sites complètement IA, ce sera un bon élément d’antécédence.
C’est aussi un outil remarquable pour préparer un dossier contre une personne qui publie n’importe quoi…
Utilisation publique de Git
J’ai rendu les sources de ce site publiques en réfigeant cette page. Comme le signale le commit 037c7db visible sur GitHub. Je n’ai rien à prouver, mais je trouve cette transparence bienvenue. Et j’ai plaisir à aller voir les dépôts Git d’autres blogs.
Si je publiais de doctes articles théologiques, si je rédigeais un mémoire, un doctorat, etc., je les travaillerais dans un dépôt privé. Puis je rendrais ce dépôt public au moment de la diffusion ou de la publication.
À ma connaissance, les faux sites théologiques ne sont pas (encore) nombreux.
Mais ce n’est qu’une question de temps.
L’industrialisation du plagiat existe, mais ce n’est pas le pire.
Pour vous faire peur déprimer, je vous conseille cet excellent épisode de Entre la chaise et le clavier: Le tsunami d’infos générées par IA.
En conclusion
Dans quel monde vivons-nous pour devoir sans cesse prouver notre bonne foi? C’est la question fondamentale à laquelle ce billet n’essaie même pas de répondre. D’autres esprits savants s’en empareront.
Je pense simplement qu’avec le web en général et les IA génératives en particulier, la donne évolue. Il vaut la peine de réfléchir à ce que je veux pouvoir démontrer, à ce que je devrait prouver. Ce que j’ai dit; ce qui m’a été volé. Ce que l’on m’accuse d’avoir écrit mais que je n’ai jamais écrit.
Mais jusqu’ici, tout va bien…
Ce matin en faisant une pause dans la rédaction de ce billet, je tombre sur Cyberharcèlement: comment agir et se protéger efficacement. Intéressant, c’est l’explication Comment StopNCII.org fonctionne au sujet du site conseillé par l’article. L’utilisation d’un hash est beacoup plus fiable et efficace que des captures d’écran, à oublier…