Bismillah, c’est les ténèbres de l’IA!
Cet automne, durant les manifestations lycéennes en France, il était difficile d’échapper à l’expression Bismillah, c’est les ténèbres. C’est la formule utilisée par un policier pour tenter de s’infilter dans des groupes qui organisaient les blocages scolaires.
Tout est bien expliqué sur la page Wikipédia consacrée à Bismillah, c’est les ténèbres (donc l’admissibilité est débattue).
Je passe sur le problème de fond qui mériterait un sérieux débat sur les stéréotypes, les biais, etc. de la police. Je retiens que ce flic a pris les jeunes pour des idiots. Essayé, pas pu.
Restos & co.
Cette tentative grossière me fait penser à l’utilisation de l’IA (intelligence artificielle) pour la création d’affiches. J’en ai vu des dizaines à Florence cet automne. Des bistros qui produisent des machins minables, avec un semblant de Dôme et des cocktails ou des glaces.
On trouvera un exemple boulanger dans l’article Qui pourra s’offrir du 100% humain? qui mérite la lecture.
C’est moche, c’est souvent imprécis, voire franchement faux.
Lors de la Fête de Vendanges de Neuchâtel, mon fils a décidé de ne pas consommer auprès des stands qui présentent leur produit par IA. Avant tout parce que c’est laid. Et parce qu’il n’y a aucun sens à soutenir celles et ceux qui ne se donnent pas un minimum de peine. Intéressant.
Dans le domaine religieux
En Suisse romande, j’ai vu plusieurs affiches protestantes réformées et catholiques produites par intelligence artificielle. Laides et imprécises comme les autres.
Ce qui est intéressant, c’est qu’elles sont très typées. Beaucoup trop typées. Elles sont marquées par le corpus utilisé pour l’apprentissage. On peut en déduire qu’il est souvent américain et d’autres traditions religieuses.
Quand j’ai soumis ces affiches à des connaissances, toutes m’ont demandé si c’était scientologue. Ou des témoins de Jéhovah. Le religieux, pour une IA graphique, ça semble être cela.
Probablement que le corpus graphique de Suisse romande est beaucoup trop maigre pour influencer les IA. Ce qui donne, une fois encore, l’image d’institutions à côté de la plaque. Soit elles ne s’en rendent pas compte, ce qui est gênant. Soit elles sont cyniques (et se foutent de nous). Quelle que soit la raison, c’est toujours contre-productif.
Toucher les jeunes
Je remarque que beaucoup de jeunes ont un véritable détecteur à IA. Chez mes enfants, c’est épidermique. Listes de prix, affiches ecclésiales ou publicités de la poste sur YouTube, ils s’en détournent instantanément.
Le problème, c’est que des organisations se mettent le doigt bien profond dans l’oeil. Elles proposent une image, parce que ça parle aux jeunes… Mais quelle image? Son contenu n’a donc aucune importance?
Ces institutions prétendent parfois parler aux djeunz (!). Elles cherchent à adopter des pratiques sans comprendre les destinataires. Elles singent, elles imitent (mal).
Non seulement, ce n’est pas efficace. C’est contre-productif, c’est désastreux.
Ces jeunes doivent être assez bêtes pour se laisser enfiler n’importe quoi. C’est le message qui leur est envoyé en pleine tête: on se fout de vous.
Ces horreurs ne pretent plus à sourire, elles coupent (définitivement?) les ponts qu’elles prétendent construire. On marche à grands pas vers les ténèbres.