baratin, esbroufe & persiflage

«baratin, esbroufe & persiflage» est le nouveau sous-titre de theologique.ch. 3 mots qui sonnent comme un slogan. J’ai décidé de les adopter en changeant de cap, comme annoncé dans Rupture.

Il est temps de m’en expliquer en quelques lignes sur le pourquoi de ce choix. Les définitions de cette page proviennent du dictionnaire Le Robert en ligne.

Baratin

J’avais coutume de parler de bullshit, j’ai adopté baratin:

Discours abondant (d’abord pour tromper, séduire).

Le site d’actualité catholique cath.ch vient d’être remis à jour. L’annonce de la nouveauté est tombée dans mon agrégateur de flux RSS, qui renvoyait à Renouvelé, cath.ch ouvrira un horizon plus large sur l’actualité catholique (lien mort).

Mais l’adresse ne fonctionne déjà plus, elle a été remplacée par Renouvelé, cath.ch ouvre un horizon plus large sur l’actualité catholique , sans redirection entre l’ancienne et la nouvelle. Vous avez vu le truc, on change le temps du verbe et l’URL casse. Et le RSS est tout pourri, m’envoyant de nombreuses fois les mêmes articles.

On nous promet de mieux nous servir. C’est bien le cas, la page d’accueil envoie des dizaines de mégaoctets dans mon navigateur. Je n’ai jamais vu un site aussi lourd!

Mais je laisse à cath.ch le bénéfice du doute. C’est un site qui démarre et les bugs sont possibles.

Le vrai baratin, c’est quand L’État de Neuchâtel lance un nouveau portail, repensé pour la population. Penser un site pour la population, c’est normalement une bonne idée. En faire sa marque de fabrique en dit long. L’ancien site était fait pour qui? L’ego des chef·fe·s ou le plaisir des développeurs et développeuses?

Mais surtout, ne.ch nous annonce un site accessible (A11Y). Avec un joli lien sur Accessibilité en bas de page. Et la page prétend se conformer aux règles WCAG 2.1. Parfait!

On va donc tester la page d’accueil de ne.ch dans WAVE Web Accessibility Evaluation Tools. Cliquez sur le lien pour avoir le résultat du jour! Pas aussi bon que le baratin du communiqué.

Le problème, c’est que le bullshit se répand. Les «filtres» journalistiques ne filtrent rien:

Les personnes qui ont parlé du site l’ont-elles seulement ouvert? Ont-elles copié un extrait du communiqué ou de la dépêche de presse? Ou le baratin est-il performatif?

Entre nous, je trouve que cet exemple du site cantonal neuchâtelois est bien plus grave du point de vue du «travail» journalistique que des coquilles des équipes de développement.

Esbroufe

Quand le baratin ne suffit plus, autant passer à l’esbroufe:

Étalage de manières prétentieuses et insolentes.

À mes yeux, le site Par8, qui regroupe logiquement 7 paroisses du Jura bernois, est un bel exemple d’esbroufe. Avec l’esbroufe, pas besoin de discours dithyrambique; il suffit d’en faire trop dans ses manières.

Sur un ordinateur, vous avez un remarquable menu qui bouge dans tous les sens. Il se déploie, coulisse… et change au point d’être simplement inutilisable. Il impressionne les internautes qui s’émerveillent de tant de modernité et de dynamisme. Mais il ne résiste pas à la réalité de la pratique.

Sur ce site, on ne trouve rien. Quand je recherche «pasteur» ou «moutier», voire les deux, je ne trouve personne. Pour mettre à jour Trouver ma paroisse, garanti sans esbroufe, je suis passé par Google.

Je reçois régulièrement des messages via Trouver ma paroisse. Des personnes qui me remercient d’avoir obtenu un résultat alors que le site de l’institution concernée ne donnait rien. Dernier exemple en date, une personne qui voulait se renseigner sur Corminbœuf.

Il est possible de passer par la page Aperçu des paroisses de l’Église évangélique réformée du canton de Fribourg (EERF). Une puissante carte interactive qui enchante l’internaute. Mais saurez-vous trouver Corminbœuf sans notions particulières de géographie fribourgoise?

Vous pouvez toujours vous rabattre sur la page d’accueil du site et sa recherche, qui ne renvoie… rien.

L’esbroufe me fatigue, en général. Elle m’épuise quand en plus elle se construit sur le dysfonctionnel.

Persiflage

J’en ai marre du baratin et de l’esbroufe, j’ai donc décidé de repasser au persiflage:

Action de persifler; propos d’une personne qui persifle.

Pour rappel, persifler, c’est:

Tourner (qqn) en ridicule par des propos ironiques ou faussement louangeurs.

Je n’ai pas spécialement envie de «tourner en ridicule». Plutôt de signaler des excès de louanges et d’autocongratulation. Ou de mettre en évidence des coups de bluff inefficaces.

Le baratin et l’esbroufe empêchent de faire du bon web. Il faut en faire toujours plus pour le faste, pour satisfaire celles et ceux qui décident; qu’importe le résultat pratique. Les listes et tableaux clairs sont décrédibilisé par des cartes qui ne fonctionnent pas. Les menus lisibles passent pour ringards face aux «machins qui bougent dans tous les sens». Les images non accessibles sont préférées aux textes lisibles par toutes et tous (y compris par les personnes aveugles).

Tout va bien jusqu’au jour où les internautes ont besoin d’une information.

Je ne suis pas certain que les institutions et organisations auront encore le loisir de ronronner longtemps dans leur autosatisfaction. L’important n’est pas la chute, mais l’atterrissage.

Il me vient alors l’image de Gracchus Garovirus et ses tripes de sanglier frites dans de la graisse d’urus. Plus il y en a, mieux c’est. Le gouverneur est repus, donc heureux. Bon appétit!