Nicolas Friedli

baratin, esbroufe & persiflage

Casser les contrats du web

En relançant ce site, je me suis posé pas mal de questions sur la pérennité de mes anciens contenus. J'ai décidé de tout supprimer plutôt que de les trier ou tenter de les actualiser.

D'une certaine manière, j'ai cassé un «contrat du web». Je ne redirige pas les anciennes publications, qui ont simplement disparu. Mais elles restent disponibles dans la WayBack Machine.

URL permanentes

Cool URIs don't change n'est plus respecté. Cette idée qu'une URL ne change jamais est géniale. Un contenu, accessible une fois, est accessible toujours. Et s'il change d'adresse, une redirection correcte est faite pour ne pas déranger les internautes.

C'est une bonne pratique que j'applique pour les sites d'organisations que je gère. Mais je ne me vois plus l'appliquer sur mon blog personnel.

De toutes façon, les moteurs de recherche s'en fichent pas mal de mes pages. Et la «valeur» n'en est plus une. Franchement, je ne me vois pas faire ce genre d'effort pour Google et compagnie.

Quant aux internautes, il y a plein de possibilités de conserver un contenu qui serait important:

Certes j'ai cassé un contrat, mais tout existe pour que cela ne pose pas de problème. J'assume, même si ce choix m'a fait cogiter un certain temps. Tout est sauvegardé et je peux toujours fournir un contenu précis sur simple demande. Il n'est pas impossible que je remette en ligne certaines pages utiles.

Le vrai problème, c'est que plein d'autres contrats ne sont plus respectés, par des entreprises bien plus importantes que ce bon vieux Nicolas Friedli.

Google et les «liens bleus»

Matthias Ott, dans Ad Infinitum, nous dit ceci:

For 25 years, Google Search was built on a contract. The web provided the content – billions of pages, freely linked, freely crawled. In return, Google sent people back. The link was the unit of exchange. It’s what made the Web thrive as an information system: you publish, Google indexes, users click through, and value flows back to the source. Win-win.

J'adore sa formule du «lien comme monnaie d'échange». Google est en train de l'abandonner. Cette entreprise fait tout pour accaparer l'ensemble du trafic. Il n'y a plus rien de «gagnant·e-gagnant·e» dans l'histoire.

Mais, d'une certaine manière, il faut aussi admettre que nous avons toutes et tous contribué à la baisse de valeur de cette monnaie. En proposant des contenus de texte, d'images ou de vidéos sans liens contextuels précis, nous avons travaillé contre l'essence du web.

Cela n'exonère pas Google, mais cela devrait nous interroger. Parce qu'il n'est jamais trop tard pour renvoyer aux contenus de qualité et aux personnes fiables. C'est peut-être le moment où jamais.

La décision de Google, si elle se confirme, fera des ravages. Mais cette entreprise n'a pas tous les pouvoirs. Comme le dit très bien Barthélémy Rochat par l'exemple du RSS: Google killed the reader, but not the feed.

Respect des licences et des consignes

Les intelligences artificielles (IA), surtout les génératives), ne respectent pas le droit d'auteur. C'est un contrat de base, qui dépasse le web. Simplement, la présence de contenus en ligne permet d'amasser facilement et rapidement des quantités immenses de données.

Proposer une licence à ses contenus, c'est avant tout pour les quelques internautes pour qui cela compte. Les grandes entreprises s'en fichent. Et elles ne risquent rien parce qu'elles ne sont pas condamnées.

Dans le même ordre, le protocole d'exclusion des robots est bafoué. En principe, avec un simple fichier robots.txt à la racine de mon site, je pourrais interdire à un moteur de recherche ou au crawler d'une IA de parcourir ces contenus. Google respecte cette consigne, de même que certaines grandes entreprises, mais beaucoup s'en balancent.

Il faut faire preuve de trésors d'ingéniosité pour les contrer (un moment). Plutôt que de créer de nouvelles pages intelligentes et non artificielles, des développeurs et développeuses donnent de l'énergie pour que leur site ne s'effondre pas sous la charge de bots sans foi ni loi.

Réseaux sociaux

Finalement, les réseaux prétendument sociaux, à l'exception de Mastodon, ont aussi cassé le contrat de base.

Un réseau vraiment social:

En pratique, les réseaux injustement encore appelés «sociaux»:

Là aussi, le contrat initial est cassé, depuis longtemps.

C'est dans ce contexte de feu de poubelle généralisé et de «services» merdifiés que j'ai décidé de repartir à zéro. Parce que tout a changé et que maintenir à jour des contenus caducs n'a plus de sens.

Le champ est libre; c'est stimulant.

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