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Foire aux questions théologique

Lieux de culte protestants réformés

Traditionnellement, «temple» est le terme le plus souvent utilisé pour les lieux de culte protestants réformés. Toutefois, «église protestante» semble de plus en plus fréquent. L’utilisation de temple pose quelques questions théologiques intéressantes. En langue française, c’est la tradition qui a pris le pas sur la théologie. Pour combien de temps encore?

Cette page cherche à répondre simplement à la question Quels sont les lieux de culte protestants? C’est pourquoi elle fait partie de la Foire aux questions théologique en cours de rédaction sur ce site.

Temple réformé

Dans la majorité des localités de Suisse romande et de France, le lieu de culte protestant réformé est appelé le temple. Souvent sans nécessité de désignation plus précise car qu’il n’existe qu’une église protestante.

Alors que dans les villes et les lieux où plusieurs lieux de cultes réformés existent, une terminologie plus précise est adoptée: temple de la Fusterie à Genève, temple de La Sallaz à Lausanne ou temple du Bas à Neuchâtel.

Toutefois, dans l’Encyclopédie du protestantisme, Bernard Reymond, grand spécialiste de l’architecture des lieux de culte protestants en Suisse romande, montre tout le paradoxe du terme:

Au sens rigoureux du terme, temple désigne un édifice sacré où est censée résider la divinité (ou ce qui en est le symboles, comme le saint des saints dans le temple de Jérusalem), donc exactement l’inverse de ce qu’entendent les protestants quand ils songent à un édifice réservé à la célébration du culte (pour eux, il n’est lieu de culte qu’au moment où le culte y est célébré).

Bernard Reymond

Dans le même esprit: le billet Temple de Louis Pernot chez Évangile et Liberté.

Notons que de nombreux temples ont conservé leur dédicace à un saint. Elle était souvent celle de l’église catholique qui aura été transformée en lieu de culte protestant lors du passage à la Réformé. Mais ce n’est pas une règle, comme le montre la dénomination temple Saint-Jean pour un temple construit au XXe siècle à La Chaux-de-Fonds.

Lieux de culte - temple de Colombier
Le temple de Colombier, sur lequel j’ai la vu de mon bureau.

Église protestante

L’église (avec minuscule) est un lieu de culte chrétien. C’est un terme générique, qui s’emploie tant dans le protestantisme que le catholicisme ou l’orthodoxie.

D’après Bernard Reymond, déjà cité:

En Suisse romande, on semble depuis deux ou trois décennies revenir de préférence à l’emploi du mot «église» pour désigner les lieux de culte protestants, rejoignant ainsi les désignations allemandes et anglaises; mais c’est en oubliant la référence théologique dont l’usage du terme «temple» peut se prévaloir.

Bernard Reymond

L’Encyclopédie du protestantisme, d’où provient cet extrait, date de 1995. Je n’ai pas vu, dans mes régions de Suisse romande (Neuchâtel, Jura et Jura bernois), un tel retour…

Le pasteur genevois Philippe Golaz préfère l’utilisation d’«église protestante», tant pour des raisons théologiques que de référencement sur le web (voir son commentaire).

Chapelle

Techniquement, une chapelle est un lieu de culte chrétien secondaire. Lorsque des paroisses protestantes disposent de plusieurs lieux cultes, il arrive que certaines soient utilisées occasionnellement. C’est ainsi que la chapelle protestante de Verbier — située à la rue du Temple! — est en fonction lors des saisons touristiques d’hiver de Noël à Pâques et d’été.

Lieux de culte - chapelle protestante de Verbier
La chapelle protestante de la station valaisanne de Verbier.

Les lieux de culte ou de recueillement qui font partie d’ensemble plus grands sont aussi appelés chapelle. Chapelle (souvent œcuménique) dans les hôpitaux, lieux de prière plus petit que l’église principale, temple privé dans un château, etc.

Cathédrale protestante

Alors que la cathédrale signifie la présence du siège de l’évêque, la tradition protestante réformée a conservé ce nom pour certaines de ses lieux de culte. Ainsi, les villes lémaniques de Genève et Lausanne ont leurs cathédrales protestantes.

La cathédrale St-Pierre de Genève est protestante depuis 1535; la cathédrale de Lausanne, dédicacée à Notre-Dame, depuis 1536.

Lieux de culte - cathédrale de Genève
Une carte postal d’archive de la cathédrale (protestante) St-Pierre à Genève.

En Suisse romande, il existe deux cathédrales catholiques (Saint-Nicolas à Fribourg et Notre-Dame à Sion) en plus de celles réformées de Genève et Lausanne.

La Suisse alémanique compte elle aussi deux cathédrales protestantes réformées: Notre-Dame à Bâle (Basler Münster) et Saint-Vincent à Berne (Berner Münster). Techniquement, la «cathédrale» bernoise est plutôt une collégiale.

Collégiale protestante

Une église collégiale (ou simplement collégiale) est, dans la tradition catholique, une église qui possède un collèges de prêtres (chapitre).

Comme pour les cathédrales, certaines lieux emblématiques devenus protestants à la Réforme ont conservé le titre de collégiale. Par exemple:

  • collégiale de Saint-Imier
  • collégiale Saint-Germain de Moutier
  • collégiale Notre-Dame de Neuchâtel
  • collégiale Saint-Pierre de Valangin
Lieux de culte - collégiale de Neuchâtel
Les tours de la Collégiale de Neuchâtel derrière le Château. Lieu de culte et lieu du pouvoir politique se côtoient.

Autres noms de lieux de culte protestants

Le temple parisien de l’Oratoire du Louvre à visiter en ligne. Techniquement, un oratoire est simplement un petit lieu de prière.

Les salles de prière ou salles de réunion courantes dans les milieux protestants évangéliques qui ne disposent pas forcément de bâtiments historiques.

Enfin, signalons que les Églises de maison ne sont pas, à mon avis, des bâtiments ou des lieux de cultes protestants. Mais le nom donné à la petite communauté qui se réunit chez des particuliers.

6 réponses sur « Lieux de culte protestants réformés »

Merci de cet article synthétique de grande qualité. A titre personnel, j’évite d’employer le terme de « temple » pour parler de nos églises protestantes, pour les raisons évoquées dans le billet mais d’autres également. Premièrement, le temple est également un lieu associé au sacrifice (et en protestantisme, il n’y a pas de sacrifice lors du culte). Secondement parce que pour nos contemporains, le mot de « temple » n’a plus tellement de signification. Pour donner un exemple, personne ne fait de recherche sur Google pour le « temple de Meyrin », il y a en a par contre pour « église de Meyrin » et « église protestante ».
Je n’utilise « temple » que dans un seul cadre : lorsqu’il faut facilement différencier l’église catholique du temple protestant dans le Centre Œcuménique.

Merci Nicolas !

Pour ma part j’utilisais souvent « temple » pour parler du bâtiment et résister à l’usage d' »église » pour des bâtiments, parce que l’église est faite de gens, pas de cailloux. Même si les premiers peuvent être aussi durs que les seconds ^^ Mais comme tu l’expliques, le mot « temple » n’est pas le bon non plus, je vais voire ce que je vais faire de ça…

Plus important, ne faudrait-il pas distinguer « *bâtiments* de culte » et « *lieux* de cultes »? Le commentaire sur les églises de maison à la fin de ton texte me laisse songeur: en régime réformé, ce qui fait le culte ce n’est pas le bâtiment, mais quelque chose de l’ordre de la prédication fidèle de l’évangile et la droite administration des sacrements. Que ce culte ait lieu dans le désert, dans un vieux bâtiment du XIIIᵉ ou dans une maison, c’est finalement secondaire. Si par contre on commence à s’attacher au lieu plutôt qu’à ce qui s’y vit, on a versé dans une forme d’idolâtrie. Et cette idolâtrie répandue chez bien des paroissiens (en tout cas vaudois) a une effet très réel et néfaste sur la vie de l’église…

À reprendre dans une prochaine question de la faq? « Qu’est-ce qu’un culte protestant réformé? » (par rapport à: une réunion de prière, une célébration, un repas, …)

J’aime bien la distinction entre lieu de culte et bâtiment de culte. Merci! Je garde en réserve même si je pense garder la formule actuelle (de fait moins bonne) pour des questions de référencement. L’idée de la FAQ, c’est bien de se rendre visible pour les requêtes les plus fréquentes.

Ne sais-je encore si je me risquerai à dire ce qu’est un culte, moi, simple laïc…

Quant à l’idolâtrie, elle est partout, hélas. Aussi en terre neuchâteloise, comme dans la statue de l’iconoclaste Farel…

A Grandval , les panneaux indiquent le temple à la rue de l’église ! C’est pas beau ça ! Ceci uniquement parce qu’un pasteur ne supportait pas que l’on dise église pour ce que lui considérait comme un temple pour ne surtout pas faire comme les catholiques! En fait , l’influence de l’allemand est , dans les régions de frontière linguistique une bonne influence. Car le problème ne se pose pas pour l’allemand : il n’y a que des evangelische Kirche ou des katolische Kirche . Une simplicité évangélique. Pour moi personnellement, il n’y a que des églises . Mais il y a un temple de Jérusalem, des temples dans l’antiquité païenne et des temples plus modernes ….de la consommation!

Merci, Nicolas, de ce tour d’horizon qui relève à la fois de l’architecture que de la linguistique.
À La Neuveville, la Blanche-Église est le seul lieu de culte protestant de la localité. Historiquement, elle était le lieu de la communauté germanophone, aujourd’hui très minoritaire et rattachée à Bienne ou aux paroisses des villages voisins. Elle tire son nom de la blancheur de ses façades. Le temple lui est devenu une salle de spectacle (Tour de Rive).

Amitiés et bravo !

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