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Fin ou début en théologie et sur le web

Fin ou début, question difficile en plein milieu de la période de l’avent. Je navigue en eaux troubles, constatant d’une part que je sais créer, lancer et faire vivre des projets web; d’autre part que je suis un piètre marin pour me projeter vers l’avenir à chaque fin d’année.

Où est la fin, où est le début?

Je viens de découvrir un nouveau calendrier (en anglais) qui se construit sur une même question posée à des développeuses et développeurs: Quelle est la chose apprise cette année à propos de la création de sites?

La lecture du jour, c’est la réponse du billet de Matthias Ott (Make it Personal) sur la question des sites personnels. J’ai tilté sur la phrase suivante, qui me tient à cœur:

Be aware that your site is not “done” once you launch it. After the launch is when the journey begins. 

Matthias Ott

À traduire (librement) par quelque chose comme:

Soyez conscient·es que votre site n’est pas «fini» une fois sa mise en ligne effectuée. C’est après son lancement que l’aventure démarre.

Matthias Ott (traduit librement par Nicolas Friedli)

J’y suis sensible parce que derrière cette évidence se cache un piège redoutable. Dans lequel je tombe à chaque fois que je lance un blog. Création du site sur le serveur, configuration, premier billet… et tout est accompli. Ai-je fait autrement en publiant Liberté retrouvée? Est-ce une fin (celle du lancement) ou un début (celui d’une nouvelle aventure)?

Fin ou début sur un anneau d'athlétisme?
Sur un anneau d’athlétisme, saurez-vous toujours distinguer la fin du début?

Je n’aime pas Noël

Ce n’est pas une surprise pour celles et ceux que je connais: je n’aime pas Noël. Ou plutôt, je n’aime ni les mois qui précèdent les «fêtes» de fin d’année, ni les «fêtes» elles-mêmes.

Voir aussi: Calendrier de l’avent 2020.

Globalement, j’ai l’impression que la pression augmente pour aboutir à… rien. Alors que les jours raccourcissent, il faut assumer des préparatifs et gérer les familles, prévoir des repas, des cadeaux. Avec le certitude qu’il ne se passera pas grand’chose de neuf.

Voir aussi: Noël protestant.

Après réflexion — ça m’arrive — je remarque que je conçois Noël comme une fin; fin d’année et fin en soi. Alors qu’il faudrait penser Noël comme un début, un nouveau départ. Autrement dit, ne pas s’attendre à une apothéose mais s’attendre à repartir de zéro.

Fin ou début? Toujours la même question. Avec la certitude qu’inverser ma vision des choses m’aiderait à les rendre un peu moins pénibles.

Chaque billet de blog comme nouveau départ

En matière de web, je n’ai aucune peine à voir des débuts toujours et partout. Et de faire peu de cas de fins qui sont souvent assez anecdotiques.

D’une part, à chaque fois que je me lance dans la rédaction d’un nouveau billet de blog, je considère qu’une aventure commence. Ce qui a été publié avant n’est pas très important; ce qui sera publié plus tard ne m’intéresse pas. Il faut que le billet se défende lui-même par son contenu plutôt que par son contexte.

D’autre part, à chaque fois que je suis un lien pour arriver sur un billet de blog, je m’attends à trouver à la fois une fin et un début. La fin, c’est que je rêve un billet qui m’apporte quelque chose en soi; le début, ce sont les liens des bons blogs qui vont me renvoyer vers de nouvelles lectures et de nouvelles aventures.

Le culte: fin ou début

Cette réflexion me semble aussi valable concernant le culte dominical. Soit on considère le culte comme un accomplissement qui couronne la semaine écoulée. Soit on le pense comme un lancement pour la semaine à venir. Suivant que l’on considère le dimanche comme la fin ou le début de la semaine.

J’aime beaucoup le billet L’EERV et ses vieux dont je fais partie du pasteur Armin Kressmann qui parle du culte. Avec ce bel extrait:

Souvent on compare l’Église avec un navire. La destinée de la navigation est la haute mer et non pas le port. Celui-ci, la paroisse, est là pour que les marins se restaurent, pour qu’ils puissent, renouvelés, pouvoir affronter les tempêtes de la vie, l’évangélisation disons-nous dans l’Église.

Armin Kressmann

De toute évidence, on parle encore et toujours de fin et de début… Le culte peut être la fête des marins la veille du grand départ ou la réception par les familles lors du retour à la terre ferme. Question délicate que je laisse aux ministres qui seul·es ont le droit de penser trancher…

Publier ses prédications en ligne

Les pasteur·es proposent de plus en plus souvent leurs prédications en ligne. C’est particulièrement vrai lors que la nécessité l’impose, par exemple en temps de crise sanitaire.

Au risque de me répéter, je pense que la mise en ligne de contenus théologiques devra dépasser le temps de la crise. Pour enfin ne plus se cacher derrière le critère d’urgence et arrêter une fois pour toutes les distinctions stériles entre virtuel et réel.

Cela dit, je comprends que la mise en ligne d’une prédication après le culte puisse peser. Qui dit fin du culte dit début du travail! Parce que pour bien mettre en ligne une prédication, il faudra au moins: choisir un titre, proposer des intertitres, ajouter une image illustrative, rédiger une méta-description et insérer des liens contextuels.

Cela en vaut la peine! En dépit du temps à investir, c’est offrir un nouveau départ, une nouvelle vie, à un texte qui a probablement du sens et de la valeur. Beau paradoxe: le clic de publication marque en même temps la fin (du travail) et le début (de la nouvelle vie de la prédication).

Il faut partager chaque bon texte que vous trouvez. Dans des billets de blog, sur les réseaux sociaux, par messagerie instantanée, par bouche-à-oreille, etc. Donnez des élans à ce qui en vaut la peine à vous yeux!

Nota bene: Merci d’avance si vous donnez une nouvelle vie à ce billet en le partageant!

La mise en ligne institutionnelle comme fin et début

En tant que consultant web indépendant, je ne peux faire l’impasse sur la question des sites d’organisation. Souvent vastes et complexes, leur mise en ligne devient pour leurs responsables un accomplissement. L’excellent édito Jour J: aboutissement ou jalon? n’a pas pris une ride:

La date de sortie officielle d’un site, toujours fortement attendue, est très souvent décevante pour les acteurs du projet Web.

Élie Sloïm

Pourtant, cette étape ne devrait être qu’un gros soupir de soulagement avant un nouveau départ. La mise en ligne d’un projet institutionnel peut marquer la réjouissance de savoir le bâtiment prêt à appareiller. Elle peut marquer aussi la fin du site dès sa mise en ligne; un rafiot plein de vivres qui ne prend pas la mer n’est rien d’autre qu’un entrepôt flottant.

Le sens de la caméra donne la dynamique du film

Tout le monde n’a pas le talent de Marc-Antoine Matthieu. Je serais bien emprunté pour créer une histoire comme sa géniale bande dessinée construite en palindrome.

Je n’aime toujours pas Noël. La rédaction de ce billet ne m’aura pas fait changer d’avis. Toutefois, j’essaie d’y voir une lueur d’espoir.

Ce que je sais faire dans les projets web, je devrais apprendre à le faire dans la vie en général. La navigation, je connais, je gère des bateaux de la pose de la quille aux traversées en haute mer. Mais moi, je reste à quai.

S’il fallait risquer une résolution de nouvelle année, j’essaierais de me dire que que dois toujours orienter ma caméra vers demain. Tout en sachant que comme le Schtroumpf Grognon: Moi, j’aime pas les résolutions!

2 réponses sur « Fin ou début en théologie et sur le web »

Cher Nicolas,
En lisant ton billet, j’ai retrouvé bon nombre de mes réflexions et aussi cette question : faut-il tout arrêter, tout recommencer, reprendre là-même où je l’ai laissé ?
Début ou fin ? Et si une fin était le début de quelque chose de nouveau ?

Je m’interroge aussi pour la suite de mon blog : et, si tout simplement, je continuais ? Sans trop me soucier… J’avais écrit un dernier billet, pensant signer mon chant du cygne.
Et s’il c’était un faux adieu ? Pour mieux continuer ?

Merci de ta franchise partagée.

Amitiés,
Courage et confiance.
Jean-Marc

En fait, cher Jean-Marc, le piège est caché ici:

faut-il tout arrêter, tout recommencer, reprendre là-même où je l’ai laissé?

Il ne faut rien, je crois. On fait ou non. Et c’est tout.
Il faut que ne ne me fasse plus avoir…

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