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Dessiner ses rêves (et ses frustrations)

Jusqu’au 5 septembre 2021, l’exposition Dans les rêves du PALP festival a lieu à Bruson. Une centaine d’œuvres par une centaine d’artistes pour essayer de dessiner les rêves des habitants du petit village du Val-de-Bagnes.

Je ne présente pas l’exposition, d’autres l’ont fait mieux que moi:

Tu vois le truc, tu déambules, tu entres dans des granges, tu parcours tout le patelin. Tu fais ton ordre, ton programme et tu découvres des rêves.

3 niveaux d’interprétation

Le truc assez génial de l’histoire, ce sont les couches qui s’ajoutent:

  • un·e habitant·e exprime son rêve à un·e artiste
  • l’artiste dessine le rêve tel qu’il a été compris
  • les visiteuses et visiteurs découvrent des «toiles» plus ou moins explicites

En gros, si tu visites en te limitant à trouver «beau ou pas beau», tu va t’ennuyer à mourir. Alors que quand tu essaies de remonter les couches, tu t’amuses.

Puis tu te prends au jeu et tu cherche même à comprendre pourquoi les gens de Bruson ont dessiné ce rêve précis:

  • je découvre dans laquelle je recherche un rêve
  • au besoin, je lis les quelques liens d’explications annexes
  • je me demande pourquoi l’artiste a représenté ce rêve ainsi
  • puis pourquoi c’est ce rêve là qu’a cet·te habitant·e
Dessiner ses rêves: PALP festival 2021 à Bruson.
Deux œuvres dans une grange pour (faire) dessiner ses rêves!

Dessiner ses frustrations

Les œuvres sont affichées par quartiers. Nous visitons au hasard de nos déambulations, il y en a partout. J’adore. Quelques rêves plus tard, c’est la déception. J’ai l’impression que les toiles ne sont devenues que des exutoires des frustrations locales.

Beaucoup (trop) de nostalgie, des rêves qui ne sont que des souhaits sans beaucoup d’ambition. Retrouver la vie d’antan, aider les générations à se rencontrer, reconstruire notre vieux télésiège, faire connaître notre raclette au monde entier.

Je déprime un peu; si je ne tiendrai pas 100 œuvres de ce type. Envie d’arrêter, mais la visite me fascine. L’accumulation est révélatrice de quelque chose. La démarche est un outil formidable de gestion politique. Pas besoin de sondages, juste de quelques toiles.

En faisant dessiner leurs rêves, dont j’estime sévèrement qu’ils n’en sont pas toujours, les habitant·e·s tiennent un référendum culturel à ciel ouvert. Et prennent les touristes pour témoins!

Dessiner ses rêves

Seconde partie de visite beaucoup plus enthousiaste, quelques «vrais» rêves, pas mal d’utopie, moins de nostalgie. Et surtout l’impression d’être sorti de la complainte des petites institutions qui déclinent et qui s’accrochent au passé.

Avec un peu de recul, je remarque que les «meilleurs» rêves sont ceux qui défendent une réalisation objective, qui ne sont pas trop abstraits. Un jumelage avec un village de montagne afghan (en ces jours de prise de pouvoir des taliban) ou des bulles touristiques pour dormir dans les arbres, je comprends.

En revanche, un espace de rencontre intergénérationnelles, ça ne me parle plus du tout. J’ai entendu cela des dizaines de fois, mais…

Difficile d’exprimer le truc, parce qu’il me perturbe. J’aurais tendance à travailler de manière structurée: mission-vision-valeurs. Qu’est-ce que je veux vraiment dans mon rêve? pourquoi? pour qui? puis seulement comment?

Et là, par la succession de niveaux, je me retrouve à trouver des propositions simples et concrètes qui portent beaucoup plus de fond que des grands principes répétés à l’envi.


Tout cela reste dans un coin de ma tête, avec la conviction que la démarche est bonne pour détecter tant les bonnes idées que les frustrations pas toujours exprimées. Qui a dit qu’il fallait essayer en Église?