Architecture & lumière: le culte comme expérience

Tu peux te rendre à la messe ou au culte pour vivre un moment spirituel, sensoriel ou communautaire. J’ai envie de te raconter mon expérience de l’architecture et de la lumière lors d’une messe en Valais. Ou quand l’architecture des lieux crée le vécu.

Sens du culte réformé

Mon envie de ce petit récit a été suscitée par la réponse du pasteur Marc Pernot à cette question: Je vais au culte, on lit la Bible et partage la Cène, puis on se dit au revoir, ce n’est pas comme une famille?

Ce passage m’a particulièrement interpellé:

Pour les protestants réformés, l’église est une sorte de salle de musculation pour la foi, la prière, la réflexion. La vraie vie est notre vie, avec nos familles, collègues, voisins et amis.

Marc Pernot

Tu as compris l’idée: l’église est un lieu où tu t’entraînes. Mais le moment du culte ne prend sens que quand tu sors du temple, de la chapelle, de l’église pour aller dans le monde. Affirmation assez classique, mais (trop) souvent pas vécue. J’essaie de t’écrire un récit pour l’illustrer.

Aller à l’église et y entrer

Dimanche, 9h00. Il y a quelques années. Les cloches de l’église catholique de Verbier Station sonnent. L’appel est lancé. J’y réponds. 5 minutes de montée, puis arrivée devant ce grand bâtiment grand comme un œuf. Architecture blanche dans une lumière de montagne. Je n’y suis jamais entré.

Église ou chalet? Clin d’œil à l’architecture vernaculaire.

J’en profite pour regarder la façade et découvre un grand chalet. Ça sent l’architecture réfléchie, pas toujours visible en passant en vitesse sur le route très passante qui flanque le lieu.

Le clocher m’a appelé, certes. Mais je continue de le trouver assez laid. Depuis que je sais que l’église est dédiée au Cœur douloureux et immaculé de Marie, je ne peux m’empêcher de l’appeler Saint Suppositoire. Un peu d’iconoclasme dans ce monde que je pense bigot…

La porte de bois est lourde. Il s’y dessine une croix. Encore une! Déjà, en passant sous le clocher — oui, on passe sous le clocher pour se rendre sur le parvis — je n’ai pu m’empêcher de pense que sa section en croix était une concession à la facilité. J’entre.

Puits de lumière dans une architecture de catacombes

Et là, c’est le drame! Il fait nuit, terriblement nuit. Au moins, ça ne sent pas trop l’Église. Le climat sec de la montagne en hiver < contribue peut-être. Elle ne sent rien, ni la bougie, ni l’encens. Ne flotte que le «parfum» entêtant de la vieille dame qui me précède et s’installe au premier rang.

Je m’installe en plein milieu de bancs. 15 ou 20 personnes se posent en silence. Sauf le couple anglais du fond qui parle assez fort pour dire qu’il n’est pas du coin.

La musique commence. Comme prévu, pas de rupture de l’immédiateté. C’est lisse à souhait. On dirait une vieille K7 qui reste à demeure dans le ghetto-blaster local. Il n’y pas d’orgue, je sens que je vais subir Trouver dans ma vie ta présence et Comme un souffle fragile. À vrai dire, j’ai oublié la «musique» car mes yeux se sont enfin adaptés à la pénombre.

Lumière et architecture: ouverture zénithale et bandeau de lumière.
L’ouverture zénithale et le bandeau semi-circulaire apportent toute la lumière du lieu. Les ouvertures «meurtrières» latérales restent éteintes

Un puissant rayon éclaire l’autel et les cheveux blanc du vieux prêtre. Un prêtre plus immaculé que la pietà brune à ses côtés. Architecture verticale dans bâtiment bas, la lumière crée la hauteur.

Peu de souvenirs de son homélie. La voix est belle, les formules jolies, la théologie basique. Un truc pastoral, genre «Jésus le gentil berger». Ça ne casse pas trois pattes à une vache d’Hérens, mais ça se laisse entendre.

Vient l’eucharistie. L’ouverture zénithale me ferait presque croire que quelque chose descend du ciel sur le pain et le vin. Je ne lève pas mon cul des bancs inconfortables. Pas le goût à manger une hostie; pas envie de mettre dans l’embarras des catholiques dans l’église ce matin. En contre-jour, les ombres d’avancent et reviennent. 50 minutes, la messe touche à sa fin.

Lumière de vitrail et architecture de la Création

Je me retourne pour prendre l’allée centrale. La croix de la porte est devenue lumière. L’ensemble de la façade à laquelle j’ai tourné le dos n’est que vitrail.

Architecture et lumière: façade vitail.
La façade vitrail, la croix de la porte et le bandeau sous le toit. Tout est lumière!

Je n’ai rien à décrire, seulement le sentiment d’un moment. La surprise a balayé de ma mémoire le reste. Comme je te l’ai dit, chants et prédications sont oubliés. Ça ne vaut pas la peine de les stocker quelque part; mieux vaut garder l’image, juste une image. Mieux, le moment.

La «dame qui parfume» ouvre la porte, c’est aveuglant. Le soleil de l’hiver en montagne. Je sors, les yeux doivent s’adapter. Panorama grandiose; de l’esplanade: les Combins, le Catogne. Seconde image. Malheureusement, quelques arbres pour briser la vue; ils ont poussé depuis l’érection de l’église.

L'église catholique de Verbier station et son clocher.
L’église catholique de Verbier station et son clocher. À droite, le Catogne.

Je ne cause pas sur le parvis. En redescendant à l’appartement de vacances, j’imagine une vue de coupe. Je décrypte au mieux de mes capacités le rôle de la lumière en architecture. La lumière qui tombe sur l’autel et le prêtre, verticalité. Le paroissiennes et paroissiens qui sortent dans la lumière pour s’en aller dans le monde, horizontalité.

Le montagnes sont belles. Le blanc est beau. Beauté et immensité de la Création. Ce dimanche sera un beau dimanche. Le premier jour d’une semaine qui s’annonce bien.

Un aveu sur l’architecture des lieux

Et maintenant, je passe à confesse. Je ne suis jamais allé à une messe dans cette église. Ni même n’y ai jamais vécu de concert dans le cadre du Verbier Festival. Je ne l’ai découverte que comme création architecturale dont il faudrait que je te parle plus précisément.

Ce billet n’est qu’imagination. Imaginer comment se passe une messe (ou un culte) par rapport à l’architecture et aux lieux. Grâce à l’architecture et à la topographie. Et pas uniquement par rapport à son contenu. Scénographie des lieux; récit architectural. Et pour mon pieux mensonge: magie de la liberté du blog!

N’oublie jamais ceci que je te laisse pour la route! Je crois que c’est la seule chose à dire:

Cette histoire est vraie puisque je l’ai inventée.

Boris Vian

Pour aller plus loin

La lettre ouverte L’EERV et ses vieux dont je fais partie d’Armin Kressmann et cette citation magique:

Souvent on compare l’Église avec un navire. La destinée de la navigation est la haute mer et non pas le port. 

Armin Kressmann

La série Comprendre le culte de Philippe Golaz. En particulier son billet sur l’envoi.

Et, en passant, l’article (refusé par les éditeurs) d’Olivier Bauer: Quel culte protestant pour des corps humains? Dans mon billet, j’ai parlé des 5 sens. Au fond, je me réjouis de savoir que ce texte n’a pas été publié; il est ainsi disponible en ligne, gratuitement, pour toi.