Un précédent billet (notamment) a créé des réactions houleuses, cet article est une mise au point de certains éléments. Je vous conseille de lire le billet de blog de Benjamin Corbaz qui fait écho aux remous sur Facebook.
L’œcuménisme est mort…
On va bientôt fêter le demi-siècle du décret sur l’œcuménisme Unitatis Redintegratio. Et pourtant, le dialogue institutionnel est en panne. L’encyclique Ut Unum Sint promulguée en 1995 ou la déclaration Dominus Iesus de 2000 ne sont que des étapes marquantes des blocages œcuméniques.
L’encyclique de 1995 est au fond une simple redite de 1964, avec quelques formules différentes, mais sans changements de fond. Et la déclaration de 2000 une sorte de rappel peu utile des points qui fâchent.
Institutionnellement (et au plus haut niveau), l’œcuménisme est au point mort. Ma conviction est qu’il serait bon de le reconnaître pour mieux avancer; en quelque sorte de ne rien en attendre pour ne pas perdre notre temps. C’est en ce sens que j’ai dit, et maintiens que:
L’œcuménisme aujourd’hui, c’est un slogan qui justifie toutes les stagnations, rien d’autre!
…vive l’œcuménisme!
Le contraste entre le point mort institutionnel et la vivacité des paroisse, des Églises locales et des individus est d’autant plus visible. Sur le terrain, l’œcuménisme fonctionne, plus ou moins bien selon les lieux et les personnes, mais il fonctionne. C’est d’autant plus admirable que les blocages, incompréhension et provocations n’ont pas entamé durablement la motivation des ceux qui le pratiquent déjà!
C’est en ce sens que j’en critique une certaine conception, et maintiens:
Donc, si j’ai bien compris, l’œcuménisme, c’est ne pas faire trop différemment des autres pour ne pas leur déplaire.
Je crois que c’est une fausse approche de plaire parce que, justement, les personnes engagées ont compris depuis longtemps qu’il y aurait des anicroches, des déceptions, des frustrations. Mais que leur conviction est plus forte que les aléas de l’histoire.
C’est croire bien peu à l’œcuménisme que d’avoir peur des petites confrontations. J’y crois assez pour dire que, précisément, c’est en mettant tout sur la table que l’on peut avancer, parce que nous sommes des gens raisonnables et convaincus, et pas des institutions!
Une question de processus, pas de personnes
Le problème de l’œcuménisme, ce mort-vivant, n’est pas celui de ceux qui y croient, mais de la manière dont il devrait évoluer. Le dialogue institutionnel a quelque chose de faux dans son approche: il faudrait résoudre les conflits pour recommencer à avancer. Alors que la réalité du terrain est autre: elle avance et gère les conflits.
La Concorde de Leuenberg, un texte intra-protestant de 1973, est souvent mal compris. Parce qu’on le lit comme un simple accord entre Églises. C’est en suivant des cours d’André Birmelé que j’ai compris en quoi il était original dans son élaboration et sa rédaction.
La Concorde de Leuenberg prend comme point de départ ce qui marche et ne prétend pas tout résoudre au préalable, c’est sa force. Il vaut la peine d’en lire les articles-clés (je souligne).
Article 2:
L’Église a pour unique fondement Jésus-Christ, qui par la communication de son salut dans la prédication et les sacrements, la rassemble et l’envoie. C’est pourquoi, selon la conviction des Réformateurs, la condition nécessaire et suffisante de la vraie unité de l’Église est l’accord dans la prédication fidèle de l’Évangile et l’administration fidèle des sacrements. Les Églises participantes font découler de ces critères hérités de la Réforme leur compréhension de la communion ecclésiale telle qu’elle est exposée ci-après.
Article 3:
En raison des différences considérables dans les modes de pensée théologique et de pratique ecclésiastique, les Réformateurs, par obéissance à leur foi et à leur conscience, n’ont pu éviter des divisions, en dépit de nombreux éléments communs. Par la présente Concorde, les Églises concernées reconnaissent que depuis l’époque de la Réformation leurs relations mutuelles se sont modifiées.
Article 6:
Les Églises participantes décrivent comme suit leur compréhension commune de l’Évangile, se limitant aux aspects déterminants pour leur communion ecclésiale.
Article 17:
Les controverses qui rendent impossible dès l’époque de la Réforme une communion ecclésiale entre Églises luthériennes et réformées, et qui menèrent à des condamnations réciproques, concernaient la doctrine de la cène, la christologie et la doctrine de la prédestination. Nous prenons au sérieux les décisions des pères, mais nous sommes en mesure de déclarer aujourd’hui d’un commun accord ce qui suit.
Article 29:
La communion ecclésiale au sens de la présente Concorde signifie que des Églises de traditions confessionnelles différentes, se fondant sur l’accord auquel elles sont parvenues dans la compréhension de l’Évangile, se déclarent mutuellement en communion quant à la prédication et à l’administration des sacrements et s’efforcent de parvenir à la plus grande unité possible dans le témoignage et le service envers le monde.
On est bien loin, je crois, des processus institutionnels. Et assez proche, je crois, de la pratique de terrain. C’est bien d’une question de méthode dont il s’agit. L’œcuménisme qui est mort, c’est celui qui est dans un processus qui ne convient pas (plus?) à sa réalité.
On devrait plus souvent, au-delà des discussions œcuméniques, s’intéresser à l’aspect pragmatique de la Concorde de Leueuberg. Il y a beaucoup à en apprendre.