Chère Présidente Kuffer

Permettez que je m’adresse à vous ainsi; entre protestants laïques, nous saurons nous comprendre. C’est toujours impressionnant, pour un petit provincial, de se voir adresser un mot par une spécialiste du domaine. C’est pour cette raison que je vous accorde un vrai billet plutôt qu’une simple réponse à votre commentaire à mes mots sur votre communication institutionnelle.

J’ai lu de mon mieux ledit commentaire; bien construit et argumenté, il a le mérite de reposer les choses avec sérénité.

Les nombreux messages reçus par différents canaux me reprochaient une certaine mollesse dans mon billet sur votre communication. J’étais dans le doute. Heureusement que vous qualifiez mon propos de sans complaisance, cela me met du baume au cœur.

Si je ne crois pas avoir dit que les réseaux sociaux sont centraux, je persiste à croire qu’esquiver la question comme le fait Roland Benz est un très mauvais choix. Vous parlez d’invoquer la magie, mais est-ce offense de vous rappeler que c’est votre propre communiqué de 2010 qui projetait de (trop) grands espoirs en ces outils?

Les personnes qui suivent mes formations aux réseaux sociaux, spécialement écrites pour les Églises (et libres de droits…), savent les doutes que j’émets à leur sujet. J’essaie d’y montrer en quoi et comment ils influencent le rapport à l’institution d’un point de vue technique, sociologique et théologique; vous savez tout cela bien mieux que moi. En fine observatrice du web protestant, l’existence de ces cours, donnés pour les partenaires romands de l’EERV et l’EREN, n’a pu vous échapper.

Je me réjouis donc de lire ensuite votre plaidoyer pour le protestantisme romand et francophone. Votre implication dans ce dossier vous honore; j’aimerais tellement en faire autant.

J’a toutefois l’impression que nous nous connaissons mal. Pas étonnant lorsque l’on sait que vous m’empêchez de vous suivre sur twitter, ce qui ne me permet pas de vous inclure dans mon vaste réseau protestant. Vous pourriez y constater les liens fréquents que j’entretiens avec mes amis suisses et français.

Charlotte Kuffer sur twitter

Comme vous semblez mal me connaître, et que je n’ai pas votre envergure médiatique, je me permets de vous donner quelques informations sur mes actions pour le protestantisme romand et francophone:

  • Vous avez raison de rappeler que questiondieu.com a ouvert la voie. Mais c’est désormais un vieux site qui a besoin d’une remise à niveau. C’est pour cette raison que j’ai été consulté cette année pour donner quelques conseils dans le domaine.
  • Vous savez évidemment que j’ai eu la responsabilité de mettre en œuvre le site actuel de ProtestInfo, ainsi que de travailler à la diffusion des contenus sur les réseaux sociaux. J’y travaille aujourd’hui encore.
  • C’est un simple rappel: vous savez que Fabrice Demarle et moi avons créé Emploi-Église de A à Z. J’en suis le webmaster bénévole depuis ses dépuis et ne peux que vous conseiller de suivre le compte twitter @EmploiEglise.
  • Plus récemment, vous n’êtes pas sans savoir que j’ai réalisé, presque seul, le portail romand www.protestant.ch www.reformes.ch. Une expérience très enrichissante qui permet de voir de l’intérieur, chez certains partenaires, un décalage cruel entre le discours et les faits…

À mes heures perdues, il m’arrive parfois de réaliser des idées qui me passent par la tête, dont:

  • un blog théologique romand, dès 2004 (aujourd’hui fermé)
  • un aggrégateur de flux des sites protestants francophones, présenté aux premières Assises du web protestant romand
  • un méta-moteur de recherche, qui existe toujours: il vous permet de rechercher quelque chose sur une sélection de 100 sites protestants
  • le site www.spiritualites.ch qui avait pour espoir de regrouper des textes spirituels libres de droits (mais l’idée n’a pas séduit)
  • et, prochainement, agenda théologique (qui aura peut-être pour adresse… agenda.theologique.ch) et le webzine Parpaillot

Vous l’avez compris, j’aimerais travailler au web romand autant que vous, mais ne suis pas certain d’en avoir les compétences.

Pour terminer, je tiens à vous remercier sincèrement pour vos précisions sur la distinction entre évangéliques et réformés dont je n’avais pas connaissance. Il est vrai que je n’ai jamais eu le temps ou l’envie, sur mon blog, de m’intéresser au sujet de la formation universitaire en théologie. Je me rapporterai donc au livre de Stolz pour essayer de comprendre de quoi il retourne.

En attendant de le lire, je continuerai à administrer, à titre personnel et bénévole, le projet Étudier la théologie, à qui j’ai offert une nouvelle vie après son abandon en pleine campagne par les Églises et les facultés.

En souhaitant que l’Esprit prenne une grande respiration avant de souffler suffisamment fort pour relancer la machine, permettez-moi, chère Présidente Kuffer, de vous souhaiter le meilleur pour vos projets personnels et pour l’EPG.

Opération communication (ratée) à l’EPG…

L’EPG a communiqué sur ses soucis financiers. Si le sujet n’est jamais évident, on se demande comment un tel raté est possible dans cette institution.

Roland Benz à la RTS


J’ai découvert la catastrophe en entendant Roland Benz sur RTS La Première: L’Eglise protestante doit oser des positionnements un peu plus nets. Je décrypte un peu grossièrement:

  • dès 3:00: La population ne comprend rien. Il faudrait tout de même qu’elle saisisse les choses. Certes l’EPG doit un peu penser sa communication, ce qu’elle fait déjà très bien, mais…
  • dès 3:40: Somptueuse dérobade sur les réseaux sociaux, où la seule impression donnée est qu’il ne comprend même pas de quoi il s’agit.
  • dès 4:40: Question pertinente de la journaliste, mais non réponse.
  • dès 5:20: Vide absolu, ça part dans tous les sens.
  • dès 7:20: En gros, les évangéliques sont des simplets et les réformées tellement intelligents qu’ils ne peuvent communiquer.
  • dès 8:25: Ça part sur la faculté de théologie de Genève (et on se demande bien ce qu’elle vient faire là).
  • dès 8:45: Il n’y a pas de recul du religieux, du tout du tout. Preuve: il y a du monde aux cours de Monsieur Benz.
  • dès 10:25: Les gens sont tellement cons peu réceptifs qu’on ne peut pas leur enfiler les choses dans la tête. Voilà qui fait envie de donner de l’argent à l’EPG…

L’article assassin de la TdG

J’ai découvert ensuite un délicieux article de la Tribune de Genève, juste mais sans pincettes: Dans le rouge, l’Eglise protestante veut réduire ses effectifs de 30%.

Une fois encore, on nous montre que l’EPG se fait moucher (sur One FM) sur la question des réseaux sociaux:

Laurent Nicolet demande: «Vous avez combien d’amis sur Facebook?» Un ange passe. «Pas beaucoup», répond empruntée l’autre codirectrice de l’EPG, Alexandra Deruaz. L’Eglise vient juste de se lancer dans le plus grand réseau social. Elle compte 79 amis. One FM en affiche plus de 27’600. «Vous pourriez tweeter comme le pape», poursuit l’animateur. «Nous pourrions…». Et n’a pas le temps d’ajouter que la présidente de l’EPG, @CharlotteKuffer, tweete régulièrement.

Et l’on s’étonne d’apprendre que l’EPG vient de se lancer sur Facebook alors qu’elle nous expliquait dans un communiqué de 2010:

A cette fin, elle compte explorer les possibilités offertes par Internet, du blog aux applications numériques en passant par les réseaux sociaux. Dans le monde religieux, cette démarche est novatrice: dans le cadre des Eglises réformées romandes, l’EPG est la première à porter ce défi aussi loin.

On remarquera en passant qu’elle ne vient pas de se lancer, puisque présente depuis 1 année, avec moins de 10 publications à son actif.

Et sur twitter?

Pour terminer, on se réjouit de savoir que, je cite: @CharlotteKuffer twitte régulièrement. 4.5 mois de présence, 29 tweets, 35 followers: des chiffres lamentables qui imposent le respect!

À peine mieux que le compte officiel @EPG_GENEVE: 1 année environ, 14 tweets et 34 followers.

En conclusion

On ne reviendra pas sur le pénible communiqué de départ; les plus courageux curieux pourront lire la revue de presse. Ce qui est certain, c’est que l’on a pas le droit d’être aussi mauvais, aussi mal préparé, lorsque l’on a une telle couverture médiatique: TdG, One FM et RTS un, ça fait beaucoup.

Ensuite, c’est trop facile de se plaindre que les catholiques ont de belles tribunes grâce au pape! Les tribunes, l’EPG les a eues…

Le protestantisme en Suisse (2010)

Suite à plusieurs demandes sur twitter et Facebook, je publie ici les graphiques statistiques du protestantisme en Suisse. Le chiffres sont ceux de l’Office fédéral de la statistique (OFS) en 2010: Population résidente permanente âgée de 15 ans ou plus selon la religion.

Données statistiques

Mises en tableau et nettoyées, les données sont les suivantes: Cantons protestants (CSV). Avec les colonnes suivantes:

  • id: canton abrégé
  • id2: canton version longue
  • tot: population totale du canton
  • prot: population protestante du canton
  • pc: pourcentage de protestants
  • delta: différence entre la moyenne suisse et le canton
  • langue: langue(s) du canton

Ensuite, j’ai créé trois graphiques: deux en utilisant gephi, un avec R.

Cercle gephi 1

Protestants en Suisse 1

  • représentation circulaire, classement par taille
  • taille = nombre de protestants dans le canton
  • couleur = delta par rapport à la moyenne suisse (violet = supérieur à la moyenne / blanc = moyenne / orange = inférieur à la moyenne)

Cercle gephi 2

taille-pourcent-couleur-nbr

  • représentation circulaire, classement par taille
  • taille = pourcentage de protestants dans le canton
  • couleur = proportionnelle au nombre de protestants dans le canton

Treemap avec R

Treemap

  • surface totale = nombre de protestants en Suisse
  • surface cantonale = nombre de protestants dans le canton
  • couleur = delta par rapport à la moyenne suisse (vert = supérieur à la moyenne / noir = moyenne / rouge = inférieur à la moyenne)

Notes pour la route

Merci à PegasusData qui donne envie de représenter des données :-)

Les images sont sous licence libre CC by-sa. N’oubliez pas de citer l’OFS pour la provenance des chiffres… On obtient de plus grandes images en cliquant.

Merci pour vos remarques ci-dessous ou sur twitter @NicolasFriedli

Si vous lisez ce billet, c’est que la fin du monde n’a pas eu lieu…

Ce seront les dernières lignes de 2012, en guise de conclusion. Il y a encore de brouillons sur le feu, mais ceux qui m’ont le moins inspiré n’arriveront jamais en fin de cuisson. On ne parlera donc pas de wiki, ni de saison des newsletter, ni de FAQ comme site web, ni de l’incapacité de l’EREN et de son journal La Vie protestante à avoir des sites web décents.

Théologie

Ce billet est l’occasion de rappeler que je ne commenterai plus l’actualité des facultés de théologie en Suisse romande. Il me semble qu’il n’y a plus rien d’intéressant à dire sur ces institutions qui n’évoluent plus que par défaut:

  • à Neuchâtel, l’agonie se prolonge, mais les soubresauts n’existent même plus lorsqu’il y a des articles qui parlent de la faculté
  • à Lausanne, on fait des sciences des religions en prétendant que la théologie existe encore
  • à Genève, on fait de la théologie parce qu’il n’y en a plus ailleurs

Vous remarquerez que www.etudierlatheologie.ch existe toujours, mais sous forme d’un wiki. Et avec un double changement d’orientation important:

  • comme la théologie académique a choisi de devenir une école de pasteurs (ce que je regrette vivement), on y parle désormais explicitement de pastorat (ce qui est certainement une bonne idée)
  • l’accent n’est plus mis spécialement sur la Suisse romande et les différents partenaires du wiki vous conseilleront volontiers d’autres facultés que celles de Genève, Lausanne et Neuchâtel pour vos études

Enfin, je ne m’embarque pas à parler de la HET-pro, que j’avais qualifiée d’OPA hostile des évangéliques dans un vieux billet. Ce sont aux stratèges des facultés de gérer cela…

Web & co

J’ai bien aimé, cette année, travailler un peu avec Open Graph de Facebook et les Cards de twitter. Ces réseaux sociaux ont évidemment leurs défauts, mais elles permettent des choses techniquement intéressantes.

Je me réjouis aussi de voir que le responsive design permet de travailler pour de multiples plateformes efficacement, comme c’est le cas avec le theme par défaut du dernier WordPress utilisé sur ce site. Et m’étonne toujours de voir des nouveaux sites parfaitement inadaptés aux mobiles…

Et je ne parlerai plus de web dans La Vie protestante Neuchâtel-Berne-Jura. C’est trop paradoxal pour moi d’écrire sur le sujet dans un magazine pour qui le web n’est qu’une chose très secondaire… Je suis libre pour des chroniques sur le sujet :-)

Et ensuite

Il faudra penser à refaire ce site, en partant sur d’autres bases techniques, graphiques et rédactionnelles. J’avais annoncé dès le premier billet que tout n’était que provisoire; le provisoire prendra fin bientôt.

N’étant pas l’Élysée (lire cet excellent article sur les URL et les archives), je supprimerai tout. Même l’interview de Daniel Goppenstein qui a eu tant de succès statistique.

En attendant, je vous souhaite une belle année 2013.

Site web géré par cooptation: gros mot ou solution?

Cooptation, vous avez dit cooptation?

La cooptation, c’est un peu le truc dont tout le monde se méfie. Ça sent la magouille, le copinage, la reproduction des élites. Tout le monde s’en méfie sauf ceux qui sont dans le bon groupe, qui en profitent et en abusent… Voici donc, à titre de rappel, ce que c’est:

  • selon le TLFi: Désignation collégiale des nouveaux membres d’une assemblée, d’un corps constitué (p. oppos. à élection et nomination à concours) par les membres qui en font déjà partie.
  • selon Wikipédia: La cooptation, du latin coopatio est un mode de recrutement consistant, pour une assemblée, à désigner elle-même ses membres. (À lire aussi: le passage sur le Sénat belge)

J’ai pourtant l’impression que, dans le cadre précis de l’administration d’un site web, ce système a beaucoup à apporter.

Le modèle organigramme

Les exemples de sites relativement complexes que j’ai pu observer régulièrement de l’intérieur sont ceux des universités et des institutions ecclésiales. La complexité de ces institutions provient de leur organisation: chaque faculté est plus ou moins autonome mais dépend de l’université; chaque institut est plus ou moins autonome, mais dépend de sa faculté, etc. Idem en Église: régions, paroisses, lieux divers, services, etc.

Si ce système, qui consiste à reproduire l’organigramme de l’institution de l’organisation pour l’administration d’un site web, peut fonctionner correctement lorsque chaque sous-structure est suffisamment dotée. Il montre ses limités lorsque certaines sous-structures sont trop petites. J’y vois les raisons suivantes:

  • Les responsables de l’entité supérieures (qui sont souvent incompétents dans l’administration d’un site, ce qui n’a rien de choquant) mandatent les responsables d’une sous-entité (qui sont tout aussi incompétents, ce qui est tout aussi compréhensible) de nommer une personne (qui, elle, devra être compétente). Et là, c’est la structure et l’organisation internes qui parlent, plutôt que les intérêts ou compétences intrinsèques.
  • Lorsque la personne ainsi nommée ne modifie que quelques pages de temps en temps, tout est compliqué pour elle. Elle doit reprendre son classeur mode d’emploi, reçu lors de sa formation de deux heures, et essayer de s’en tirer avec un système qui a changé depuis. Elle perd beaucoup de temps pour des modifications triviales lorsque l’on a l’habitude de l’outil.
  • Enfin, le modèle organigramme prend souvent comme vérités deux assertions discutables:
    • Si l’organisation de la gestion du site ne correspond pas à l’organigramme de l’institution, ça ne fonctionnera jamais; c’est en partie défendable.
    • Si l’organisation de la gestion du site correspond à l’organigramme de l’institution, ça fonctionnera très bien; c’est franchement douteux.

Ce modèle théorique parfait est celui qui, souvent, a déjà échoué. Peut-on imaginer autre chose?

Le modèle cooptatif

Le modèle cooptatif, c’est donc celui dans lequel des administrateurs et gestionnaires du site appellent d’autres personnes à les épauler, sans passer par les structures décrites par l’organigramme. Et pourquoi est-ce que ça pourrait fonctionner?

  • Parce que les personnes qui en choisissent d’autres pour participer au projet sont compétentes: elles connaissaient la pratique de la gestion du site et peuvent expliquer en quoi consiste le job.
  • Parce que l’appel se fait par le haut: les responsables du site cherchent à trouver des lieutenants motivés et efficaces. Parce que c’est à leur avantage (et à celui de l’institution) d’avoir un système qui fonctionne plutôt qu’un système qui ressemble à un organigramme donné.
  • Parce que ce système tient compte des réalités du site web: quelle partie est insuffisamment entretenue? quelle partie doit avoir plus de forces que ne le suggère la lecture de l’organigramme?
  • Parce que la formation est continue et adaptée: les différents acteurs de la gestion se forment entre eux, se corrigent, s’aident. Plutôt que des grandes sessions de formation que tout le monde suit sans passion, on passe à une sorte de coaching individualisé.
  • Parce que le développement des logiciels libres a déjà démontré que c’est efficace. Le débutant propose un patch (une correction) qu’il n’applique pas lui même; une fois expérimenté, il a le droit d’effectuer un commit (une modification appliquée); puis il a le droit de  donner le droit de faire un commit à une autre développeur, etc.

Une certaine conception du site web

Évidemment, pour toute institution qui se respecte, c’est très dérangeant:

  • on abandonne l’idée de formations bien codifiées et certifiées
  • les entités de l’organigramme ne nomment pas les personnes responsables
  • on ne voit plus son précieux organigramme dans la structure l’équipe web

Au final, ce genre d’organisation pose des questions beaucoup plus fondamentales sur le web pour les (petites) institutions:

  • Un site web représentant un arbre conforme à l’équipe web (elle-même conforme à l’organigramme de l’institution…) est-il vraiment le modèle idéal? Les réflexions sur la polyhiérarchie ou la recherche par facettes permettent d’en douter.
  • L’idée qu’une sous-structure prenne en charge les pages d’une autre me semble intéressante (un échange de bons procédés?).
  • Les reconversions professionnelles, la mobilité, voire l’instabilité structurelle, des institutions rendent la formation de plus en plus difficile. Comment doit réagir une entité qui voit sa personne formée partir? L’institution doit-elle réorganiser une formation immédiatement? pour qui?
  • Enfin, il semble de plus en plus illusoire d’imaginer un site web qui évoluerait de manière coordonnée (toute entité a une personne formée, donc toutes les entités auront un sous-site prêt le JJ.MM.AAAA). Certaines entités seront en retard, d’autre en avance, et ce n’est pas en cloisonnant tout que tout le monde avancera d’un même pas.

Vous connaissez des institutions qui fonctionnent par cooptation sur le web? J’attends vos retours avec impatience!

Illustration: Pouvoirs de la République française

Incompétence technique, peur et verbiage au service du débat

À la suite de mon billet d’hier, je découvre un rapport absolument consternant proposé par le Conseil synodal de l’EREN et approuvé par le Synode! Croyez-le ou non, je ne le connaissais pas au moment d’écrire mon billet; c’est en proposant de parler de wiki avec une personne de l’EREN que je suis tombé sur la chose.

La motion de départ

Le rapport répond, ou prétend répondre, à la motion suivante, acceptée lors d’un précédent synode:

Nous demandons la création d’une plateforme sur le net où les ministres et conseillers paroissiaux du canton puissent débattre de l’orientation générale de l’Église, des sujets proposés au Synode, de l’évolution du programme de législature. Nous demandons à ce
qu’une formation soit organisée à ce propos.

Le Conseil synodal nous offre donc par ce rapport sa réponse à ladite motion. Tenez-vous bien, ça fait honte, à lire. Prenez d’ailleurs cinq minutes pour lire l’entier de ce machin plutôt que mon billet…

La stratégie de la confusion et de la peur

Tout se résume donc dans une série de peurs que suscitent les deux gros mots Internet et débat. Comme, dans un débat, tout le monde n’est pas toujours d’accord sur tout, il faut le cadrer un maximum (structurer et réguler) et créer une charte. Conclusion:

Ces considérants montrent les limites des plateformes de débat sur le net.

Et encore:

Juxtaposer et additionner les opinions, les informations, les compléments d’enquêtes, les prises de positions (et qui plus est sur une multitude de thèmes et de niveaux) et s’interpeller parmi ne sont que des préalables. Le dialogue reste à faire!

Puis enfin, ce ramassis de conneries paragraphe très intéressant (je mets en évidence):

Un tel objectif appelle une gestion rigoureuse des droits d’accès et des contenus. Le Conseil synodal est d’avis que l’outil demandé par la motion [...] implique une gestion rigoureuse tant des accès [...] que des prises de parole. [...] La modération des contenus [...] peut s’avérer très complexe. Et ceci à plus forte raison quand l’enjeu à discuter est chargé sur le plan émotionnel. Les prises de parole peuvent vite déraper. Cela appelle donc la mise en place d’un modérateur qui évalue et valide les prises de position des internautes avant publication sur la plateforme (avec filtrage, le cas échéant, des propos diffamatoires). Comment faire la part des choses au moment de valider une prise de position du genre “coup de gueule“?  Et comment faire pour contenir les inévitables surenchères en réaction à de telles prises de position? Le problème est tout sauf simple!

Franchement, c’est inquiétant. Que des intellectuels à la tête d’une institution séculaire (qui tient en haute estime la dispute) proposent cela à leur Synode, c’est troublant. Que le Synode l’accepte, ça glace le sang.

Quoi qu’en dise ce torchon puissant rapport, le problème est absolument simple et bien localisé: il se trouvait entre la chaise et le clavier au moment de la rédaction de cette argumentation.

Une incompétence technique absolue

Après son étude (sic!), le Conseil synodal a donc écarté deux pistes. Selon ses mots:

  • Les espaces collaboratifs sur le net de type wiki (avec formation ad hoc)
  • Les ressources du web social et participatif (blogs, forums, réseaux sociaux,…)

Le wiki poserait des problèmes de structuration et de modération (les fameux soucis présentés plus tôt). Le vrai souci, c’est que le wiki est un lieu de rédaction communautaire, absolument pas un outil de débat. C’est comme si je vous disais qu’ayant mandat d’évaluer les modalités de déplacement d’une équipe de volley-ball, j’arrivais à la conclusion que ni la Porsche 911 cabriolet, ni la Yamaha FJR-1300 ne convenaient…

Quant aux autres ressources (le terme inadapté en dit long…), elles sont balayées parce que:

le Conseil synodal estime que ce n’est pas son rôle d’offrir cela aux députés et aux conseillers.

On croit rêver, non? Il y avait bien le forum dans la liste, qui répondait parfaitement à la question de la motion et aux inquiétudes du Conseil synodal. Mais n’est pas son rôle de répondre à la fois à la motion et à ses propres inquiétudes. Il y a du fou là-dedans…

Le forum

Le forum, donc, est un outil créé pour favoriser la discussion; son nom devrait être assez limpide pour le comprendre.

Figurez-vous que certaines personnes, avant la motion et le machin douteux puissant rapport du Conseil synodal, s’étaient déjà posé le même type de questions. Et, au lieu de se faire inutilement peur, avaient déjà élaboré des solutions.

Oui, avec un forum, même simple comme fluxbb, on peut:

  • gérer quelques utilisateurs (presque 200000 sur le forum ubuntu-fr, géré par des bénévoles)
  • gérer correctement les permissions pour ces différents utilisateurs
  • gérer différents lieux (en fonction des sujets)
  • gérer différentes discussions dans un lieu donné
  • déplacer, modifier, clore des sujets
  • avertir ou bannir des utilisateurs
  • bloquer des termes et les spams

En résumé, un outil qui répond à ce qu’on lui demande et qui le fait bien.

Remarque finale au Conseil synodal (et au Synode qui a accepté cette merde de rapport ce brillant rapport):

Comme la tronçonneuse n’est pas prévue pour faire de l’origami, le forum n’est pas prévu pour le montage vidéo.

CMS, blogs, wikis: une histoire d’ADN

Ce que je retiens particulièrement de l’excellente conférence de Xavier Comtesse aux Assises de web protestant 2011, c’est sa volonté de travailler sur l’ADN des choses. Il a donc cherché à comprendre ce qu’il y avait de commun entre le projet Internet et celui de la Réforme protestante. Ce que sont devenu Internet et le protestantisme plus tard, c’est une autre histoire dont il m’arrive aussi de parler ici…

J’ai envie de faire de même, de manière sommaire. J’entends trop souvent parler de CMS, de blogs et de wiki par des personnes qui, manifestement, ne savent pas de quoi elles parlent.

CMS

Un CMS, c’est donc un Content Management System, ou un système de gestion de contenu. (En principe, tous les systèmes dont nous parlerons ici sont donc des CMS. Ou, autrement dit, les moteurs de blog ou de wiki sont des CMS particulièrement spécialisés.)

Quelques exemples (par ordre alphabétique pour ne brusquer personne): Drupal, Joomla, SPIP, typo3.

Le gène dominant du CMS, c’est la gestion d’une structure et de pages, avec des possibilités plus ou moins poussées de gestion de workflow (la manière dont un document circule et est validé avant publication) et des droit utilisateurs (qui a le droit de faire quoi et où).

En conséquence:

  • le site est particulièrement structuré
  • les différentes pages sont validées avant publication
  • le contenu est maintenu dans la durée (corrigé, amélioré, etc.)
  • la navigation se fait par menus
  • le réseau de liens est principalement choisi et présent dans les menus
  • le réseau de liens est conçu a priori

Blogs

Le blog est un CMS spécialisé dont les gènes dominants sont l’aspect chronologique, la simplicité et les interactions. Exemples: DotClear, Overblog, WordPress. En conséquence:

  • les contenus sont signés de leur auteur et datés
  • le processus de publication est réduit au minimum (clic sur publier…)
  • le contenu est structuré simplement et classé chronologiquement
  • le contenu n’est pas maintenu, mais devient simplement archive
  • la navigation se fait par chronologie et/ou analogies
  • le réseau de liens est généré automatiquement (archives, catégories, tags)
  • le réseau de liens évolue en permanence
  • les commentaires sont ouverts et favorisés

Wiki

Le wiki est un CMS spécialisé dont les gènes dominants sont l’ouverture, les liens internes et l’absence de structuration a priori. Exemples: DokuWiki, MediaWiki, MoinMoin. En conséquence:

  • le contenu est rédigé collectivement (avec ou sans inscription)
  • le contenu est maintenu dans la durée (corrigé, amélioré, etc.)
  • la navigation se fait par le liens internes aux textes des pages
  • la navigation se fait donc par proximité
  • le réseau de liens est non controlé
  • le réseau de liens est corrigé à chaque création ou modification de page

Conclusion

Évidemment, toutes ces remarques sont extrêmement caricaturales; les mutations génétiques ont fait que beaucoup des outils, cités ici ou non, comportent du patrimoine de deux ou trois des catégories.

Malgré tout, il est des moments où les choix des concepteurs, au départ, ressortent. Ils expliquent le plus souvent pourquoi un outil est plus ou moins efficace et agréable pour une action donnée. Le problème, c’est lorsque l’on utilise un outil pour un autre usage que celui dans lequel il doit être bon; que l’on va, consciemment ou non, à l’encontre de ses gènes… Et, croyez-moi, c’est plus courant que l’on pourrait l’imaginer! On en reparlera.

Faculté(s) de théologie et Église(s): la grande confusion

Aujourd’hui paraît un article sur la faculté de théologie de Neuchâtel dans le canard du coin: L’avenir de la faculté de théologie confronté à la crise des vocations. Plusieurs personnes m’ont signalé cet article, sachant que je suis le dossier des faculté des théologie de Suisse romande.

Un article creux et confus

À vrai dire, je ne devrais même pas prendre le temps d’écrire à ce sujet aujourd’hui tant l’article de L’Express est creux et confus:

  • Creux parce que l’on nous dit que ni le Conseiller d’État en charge du dossier, ni la Rectrice de l’Université, ne souhaitent s’exprimer. N’y avait-il pas, pourtant, des questions précises à leur poser pour les pousser, un peu, dans les cordes? N’y avait-il donc rien à dire sur le non respect de la convention de 2009? Ou sur les mises au concours de poste abandonnées?
  • Confus parce que l’article parle plus de la question de la pénurie ministérielle qui concerne l’EREN et non la faculté de théologie: le titre lui-même est symptomatique de la compréhension de la théologie universitaire comme école de pasteurs. Visiblement, c’est la confusion que souhaite la faculté depuis 2004, et cela semble porter ses fruits.

Passons aux chiffres

Je vous propose un peu de fact checking pour vous donner matière à reflexion. Comme tout ce qui est en rapport avec les facultés de théologie dans la presse est toujours un magma entre académie et Églises, restons-en aux simples chiffres.

Comme je l’ai déjà dit ici, les seules données fiables sont les titres finaux décernés. On va s’intéresser aux masters (selon statistiques des universités concernées).

2008 2009 2010 2011 2012
Genève 1 3 3 3 ?
Lausanne (théologie et sciences des religions) ? 9 8 9 ?
Neuchâtel ? ? 2 1 0

Ce qui donne bien plus de relief à la remarque de la professeure Lytta Basset:

Un nombre considérable d’étudiants s’orientent ensuite vers des ONG, le travail social et humanitaire.

Une fois encore, j’ai l’impression que les slogans des professeurs passent sans vérification auprès des journalistes qui ne prennent pas le temps de comprendre le dossier.

Lorsque l’on sait que seuls 28% des étudiants se destinent à autre chose qu’au pastorat (voir mon billet sur les débouchés), on se demande à partir de combien on est en droit de qualifier un nombre de considérable…

Le modèle de site web à 3 branches (et plus si affinités…)

Je termine ces jours un contrat bénévole avec une Église institution neuchâteloise romande dont je ne dirai pas le nom ici pour ne rien trahir. Dans les différentes réflexions que j’ai pu mener, j’ai imaginé un modèle de site web à trois branches tenant compte des spécificités (= faiblesses) de l’institution.

C’est uniquement une proposition théorique, qui ne présage en rien des outils utilisés ou de l’apparence du site. L’idée de ce modèle, c’est donc d’avoir en permanence 3 sites web opérationnels. Bizarre? Peut-être! Lourd et chronophage? Pas du tout.

Trois branches pour trois états de développement

Voici un exemple de site statique (outil de création à choix) géré avec git. J’essaie de parler français et informatique dans les mêmes phrases. On a donc trois branches en parallèle:

  • master La branche par défaut, c’est-à-dire le site en ligne à l’adresse normale de l’institution. En principe, pas de modifications sur la branche (on en reparle plus tard).
  • next La prochaine version du site, qui va remplacer master à un moment précis. Par exemple: transmettez vos modifications jusqu’à lundi midi, mise en ligne mercredi.
  • dev La version du site en développement, en cas de changements graphiques, structurels ou éditoriaux importants. Utilisée occasionnellement, quand nécessaire.

Force, faiblesses et pragmatique

Et alors, me direz-vous, en quoi ceci est-il simple, performant, innovant, efficace? Parce que cela correspond aux réalités de l’institution en prenant en compte sérieusement ses faiblesses.

  • La difficulté de gestion des délais est partiellement résolue: envoyez-nous votre documentation jusqu’au XX et nous le publieront le YY. Sinon, cela ne paraîtra que le ZZ. Tout le monde est placé à la même enseigne; il y a une vraie volonté égalitaire.
  • Pas besoin de former de nouveaux rédacteurs dans chaque paroisse succursale régionale. La gestion centralisée permet de travailler avec quelques personnes bien formées et efficaces plutôt que beaucoup mal formées et pas toujours efficaces.
  • Nouvelle compréhension du site web, où tout est évolutif. La structure et le graphisme peuvent changer à n’importe quel moment au même titre que le contenu. On tient compte ainsi des restructurations et changements stratégiques de l’institution.
  • Comme Saint-Thomas, on veut voir pour croire dans cette Église boîte. La possibilité de voir et tester les futurs sites est fondamentale: www.institution.ch (site actuellement en production), next.institution.ch (site qui sera mis en ligne mercredi prochain), dev.instutution.ch (site qui sera modifié).

Un modèle avec un responsable d’édition et ses adjoints :-)

Un exemple d’utilisation concret

Et concrètement, comme cela peut-il être envisagé? Assez simplement avec certains CMS (typo3, utilisé actuellement, propose l’idée de workspace) ou très simplement avec un site statique et git. Je présente ce second exemple de manière pratique:

  • Les urgences (communiqués de presse imprévisibles, annulations, erreur dans la presse, etc.) ou les coquilles (parce que les erreurs doivent toujours être corrigées sans délai sur le web…) sont modifiées dans next et immédiatement reportées dans master en cueillant des cerises (cherry-pick).
  • Les modifications sur le nouveau site du mercredi sont publiées (commit) dans dev. Mercredi, le site de next devient master (merge). Il est facile de lister les changements faits et l’opération est simple. Dès ce moment, le développement de la version de la semaine suivante peut commencer.
  • La branche dev est utilisée quand des modifications doivent être testées plus longuement. Par exemple, le contenu de dev est celui de next, mais les feuilles de style sont spécifiques. Ensuite, on merge dev dans next. Et la vie continue, heureuse et limpide.
  • Possibilité d’utiliser GitHub (ou un service analogue) pour profiter du système de suivi des bugs, commentaires sur les contenus, wiki, alertes automatiques, etc.

Quels sont les avantages? Je veux voir pour croire!

Et alors, c’est bien joli, on n’a toujours rien vu et on n’y comprend rien (et on ne veut pas faire l’effort d’essayer de comprendre…). Quel est le résultat pour nous?

  • Une routine efficace et cohérente: je connais les délais pour envoyer mon contenu, je sais quand il sera publié, je sais qu’il y a des nouveautés sur le site chaque semaine.
  • Une gestion du temps et des coûts: l’intégrateur sait quand il travaille, combien de temps cela lui prend, il peut disposer d’une certaine souplesse au besoin.
  • Ceux qui le souhaitent peuvent avoir un peu d’avance (sites next et dev), pour préparer des annonces, être au courant de ce que font les collègues, etc. On peut faire du teasing.
  • Il y a une vraie démarche de qualité: chaque site mis en ligne est cohérent et en parfait état (p.ex. avec vérification systématique des liens), il est beaucoup plus facile de supprimer ou réagencer d’un contenu qu’avec des pages en production.
  • Il est possible de construire simplement une newsletter hebdomadaire à partir du ChangeLog. On est loin des newsletters archaïques mises en pages par des graphistes, en pdf, quelques fois par an seulement.
  • On dispose en permanence d’un site statique exportable. Facile par exemple de le présenter dans une salle de paroisse conférence ne disposant pas de connexion Internet. Sans compter les exportations en epub (livre électronique que l’on télécharge sur son smartphone), en pdf (pour proposer une plaquette toujours à jour), etc.

J’arrête ici, de peur de m’essouffler! Faites ce que vous voulez de ces propositions, vu qu’elles n’ont pas pu être présentée à l’institution mystère. Suggestions, remarques et corrections bienvenues. Peut-être que cet article, revu et adapté, servira à une autre Église entreprise, mais patience, d’autres modèles suivront…